Tribune libre
unitarienne, vol.2., no.2, 2006 LETTRE
OUVERTE DE SAJA AL-AKHRAS AU GOUVERNEMENT ET AU PEUPLE CANADIENS, par
Dr Najat Mustapha
Bonjour tout le monde,
Mes petites mains tremblent au moment où je vous écris cette lettre
posthume. Il faut dire que je n'ai jamais imaginé que je pouvais écrire
des lettres et de les envoyer de l'au-delà, même quand je jouais au
facteur avec ma sœur ZEINAB et mon frère AHMAD. Et bien voilà je vous
envoie ces quelques mots du ciel et je sais que vous allez être
attentifs à chaque mot.
Comme tous les enfants canadiens, mes parents ont choisi une
destination pour passer les vacances d'été : LE LIBAN, le pays
d'origine de mes grands-parents. Mon père voulait absolument présenter
ses quatre enfants aux membres de sa famille. Tout le monde était
excité à l'idée de partir, personne ne se doutait de ce qui nous
attendait. Je pensais à mes petits cousins, au soleil, aux grillades au
bord du fleuve, aux papillons…tout était beau, tout avait la couleur du
rêve, de la vie et du bonheur.
Arrivés à AITAROUN, ma grand-mère s'est chargée de nous raconter
l'histoire de ce petit village du sud et comment ils sont arrivés à
Montréal. J'ai appris qu'au début de l'occupation israélienne en 1978,
il y avait 22000 habitants et lors de son retrait en 2000, il y avait
6000. Mes grands-parents ont fui les massacres perpétrés par l'armée
israélienne. Ils ont trouvé refuge dans ce beau pays qui est le CANADA.
Ils nous ont toujours parlé de ce pays comme un petit coin du paradis
où ils ont trouvé la sécurité, la vie, la liberté et le respect de la
personne. J'étais fière de ces valeurs et j'étais heureuse
d'être née sur le sol canadien.
Les premiers jours de nos vacances se sont bien passés jusqu'au jour où
j'ai levé mes yeux vers le ciel pour chercher des papillons ou des
oiseaux, bizarre j'ai trouvé à la place des avions qui ont fait naître
la panique chez les grands et les petits. J'ai couru vers ma mère qui
allaitait ma sœur SALAM /PAIX. ZEINAB et AHMAD se sont collés à moi.
Mon père a tenté de nous expliquer que c'est juste un orage, comme à
Montréal, après il y aura un beau ciel dégagé et on peut continuer
notre jeu. Malgré mon jeune âge, j'ai senti qu'il y avait autre
chose.
La machine de guerre israélienne est venue bombarder notre village
mettant fin à tous mes rêves, anéantissant toute ma famille, réduisant
tout ce qui était autour de nous à de simples décombres. On n'a pas eu
le temps de se dire "ADIEU", je n'ai pas eu le temps de donner à ma
mère un baiser sur son front : LES VOLEURS DE L'ENFANCE, DES
REVES ET DE
Mais ce qui me surprend c'est que certains continuent à appeler cela :
AUTO-DEFENSE et REPONSE MESUREE. Peut-être que je n'ai pas bien entendu
parce que je suis quelque part dans le ciel, mais il semblerait que le
premier ministre de mon pays a considéré mon assassinat comme une
"réponse mesurée". Non. M. Harper, vous ne pouvez pas légitimer notre
assassinat, vous ne pouvez pas le couvrir et le justifier. Nos
concitoyens canadiens sont accueillants, généreux, pacifiques et
toujours prêts à aider. Vous ne pouvez pas faire d'eux des complices
des assassins de l'enfance.
Je vous embrasse tous et je compte sur vous pour parler de moi et de
tous les autres enfants, femmes, vieillards assiégés, terrorisés,
affamés et assoiffés.
ADIEU.
Tribune libre
unitarienne, vol.2., no.2, 2006