Tribune libre
unitarienne, vol.2., no.2, 2006
AU SUJET D’UNE LETTRE OUVERTE, Par Léo Poncelet (paru
le 31 juillet, 2006)
Voici une lettre d’outre-tombe de Saja Al-Akhras. Elle a été lue par la
Dr Najat Mustapha, dimanche soir le 23 juillet 2006, lors de la
cérémonie commémorative au Centre libanais de Montréal, pour rendre un
dernier hommage à la famille canadienne de Montréal Al-Akhras. Celle-ci
a succombé, le 16 juillet, au raid israélien réduisant en cendres le
village d’AITAROUN dans le sud du Liban.
Depuis, la furie de la guerre entre le Hezbollah et Israël n’a de
cesse, et des enfants meurent toujours sous notre regard médusé.
Depuis que j’ai assisté à cette émouvante cérémonie commémorative au
Centre libanais de Montréal, bondé de monde, la détresse du peuple
libanais a pris pour moi un visage humain. Il n’est pas normal pour les
parents de devoir enterrer leurs enfants, et pourtant c’est bien le cas
pour le grand-père de la famille Al-Akhras.
Face à la crise au Proche-Orient, on se ment, on fuit notre
responsabilité sociale, on aliène notre liberté humaine si on se tait.
C'est pourtant la liberté qui définit la situation de l’homme. Celle-ci
nous distingue de l'animal. La liberté a pour fonction de projeter
notre humanité dans le futur. En l’occurrence, cette humanité en
devenir, quand on regarde l’état du monde actuel, ressemble plus à un
retour à la barbarie. En fait, cette guerre libano-israélienne
déshonore le genre humain, c’est le moins qu’on puisse dire!
La lettre ouverte imaginaire de Saja, âgée de huit ans, qui m’a été
transmise par la Dr Najat Mustapha, et que nous allons lire, nous
supplie de ne pas devenir complice des assassins de l’enfance.
Si les enfants morts d’actes d’agressions savaient parler comme Saja,
peut-être qu’à travers leur regard serions-nous plus enclins à appeler
un crime un crime comme il s’en commet impunément dans le contexte
actuel de la guerre au Liban et en Israël, et demanderions-nous à notre
gouvernement de faire des pressions pour un cessez-le-feu
inconditionnel et immédiat.