Tribune
libre unitarienne, vol. 4, no.1, 2008
Réflexions sur
le premier principe :
Célébration
de la valeur et la dignité intrinsèques de toute personne,
par Frances Deverell
(Frances
Deverell, pasteure du Rassemblement unitarien universaliste d’Ottawa,
nous
offre ici ses réflexions sur le premier principe:
Célébration de la valeur et la
dignité intrinsèques de toute personne.
Il s’agit d'une
adaptation d’une allocution qu’elle a prononcée lors de la célébration
du
premier culte en français à Ottawa en novembre 2007.
Ce
service a été
dédié
au Père Roy Bourgeois,
fondateur du SOA Watch qui
milite
pour la fermeture de la
tristement célèbre School of the Americas WHINESC/SOA,
école d’assassins et de tortionnaires située à Fort
Benning aux États-Unis. Ce service a aussi été dédié
à la mémoire
de Michel Servet,
un
de nos précurseurs).
Bonjour. Bienvenue
à chacun et chacune de vous. Ici, dans cet espace sacré, nous partageons
une foi de la croissance.
Comme
pasteure unitarienne, je suis incapable de vous parler de la croyance
des
unitariens puisque nous avons chacun nos propres croyances. Ici nous
n’avons
pas de credo ou de dogmes.
Nous
sommes
toujours en quête de la vérité,
sachant que la vérité évoque un univers qui se renouvelle
continuellement.
Chaque personne suit son propre cheminement et est responsable de
découvrir la
vérité par elle-même. Nous valorisons votre curiosité et vos questions.
Cette
recherche, par
contre, ne peut se faire en vase clos. Même si nous sommes libres de
définir
nos propres croyances, cela ne veut pas dire que l’on peut croire à
n’importe quoi. Depuis quatre siècles, nous avons élaboré un noyau de
valeurs essentielles qui s’incarnent dans nos sept principes. Ceux-ci
nous
servent de guide dans nos efforts pour comprendre le sens de notre vie
et
orienter notre façon d’agir en ce monde.
Aujourd’hui,
je vous parlerai de notre premier
principe, la célébration de la valeur et de la dignité intrinsèques de
toute
personne. L’unitarianisme est né à l’époque de la floraison de la
raison
et des sciences. L’imprimerie
permettait à toutes personnes de lire et d’interpréter la Bible à leur
propre façon. On n’avait plus besoin de prêtres pour servir de
médiateurs
entre l’humain et Dieu. En outre, les gens se rendirent compte qu’il y
avait
un écart entre ce que la Bible enseignait et ce que la science leur
révélait
sur le monde.
Michel
Servet, que nous honorons ici, était un
scientiste, un médecin et un théologien.
N’ayant trouvé
aucune mention de
la Trinité dans la Bible, il écrivit un livre intitulé Sur
les erreurs de la Trinité. Servet aurait souhaité voir
Calvin et Luther
corriger leurs doctrines, parallèlement à leur préoccupation de
transformer
les structures et la hiérarchie de l’Église. Il défendait ses idées à
contre-courant. Résultat : Il périt sur le bûcher. Il n’est pas le seul
hérétique
à avoir couru ce genre de risque. Un portrait de la cosmologie de
Copernic est
tracé sur le plafond de la coupole principale d’une de nos plus
anciennes églises
de Transylvanie. Les membres de cette congrégation pouvaient, de leur
banc,
fixer leur regard sur cette nouvelle vision de l’univers et ses
rouages. Eux
également prenaient des risques en venant contempler cette peinture.
La
pensée unitarienne provient du désir de respecter
la raison humaine. S’il est vrai que Dieu nous ait donné le don de la
raison,
c’est pour qu’on s’en serve. Mais, la possibilité de s’en servir repose
sur la liberté de penser, de rechercher la vérité et d’exprimer nos
idées,
sans peur d’être persécutés.
« La
vraie religion devrait nous proposer comme but ultime de ressembler de
plus en
plus à l’être suprême… L’instruction religieuse devrait orienter nos
rêves
et nos efforts vers ce perfectionnement de l’âme…
vers notre essence spirituelle … Elle (la vraie religion) est
fondée sur les possibilités uniques qui caractérisent notre esprit.
Dans la
mesure où celles-ci surgissent d’un élan spontané et énergique,
l’esprit
se déploie et rayonne. Dans
la
mesure où celles-ci restent dormantes, l’esprit s’obscurcit. Dans la
mesure
où celle-ci deviennent dénaturées et dominées par la convoitise et les
passions, l’esprit se déprave ».
L’universalisme
prend son essor dans les années
1800, principalement en Amérique du nord, en réaction contre la vague
du
renouveau religieux calviniste qui déferlait alors sur
le pays.
Catholiques et chrétiens
protestants prônaient l’idée que la nature humaine est déchue. Les
humains
naissent en état de péché tourmentés par un sentiment de culpabilité.
Ils
ont besoin d’être sauvés.
Le Christ est mort sur la croix pour nous racheter. Les universalistes
refusaient de croire en un Dieu aussi cruel qui se serait livré à un
acte si
gratuit. Pour eux, c’était impensable que Dieu ait pu exiger de son
fils,
innocent et sanctifié, sa propre immolation. Que Dieu ait pu condamner
tous les
pécheurs aux flammes éternelles. C’est en réaction contre cette théologie de
la peur qu’est né l’universalisme. Les universalistes
avaient compris que l’Amour, plus que la peur, est une force qui attire
à elle le bien. Si nous souhaitons un monde de paix
et d’harmonie, il faut d’abord promouvoir l’Amour.
C’est
la raison pour laquelle
nous proclamons notre admiration et notre gratitude envers tous
ceux et celles qui risquent leur liberté personnelle
pour
combattre la persécution et promouvoir
l’amour. Le Père Roy
Bourgeois et Nick Cardell ont interpellé l’armée américaine à l’École
des Amériques, un endroit où on enseigne la torture à des gens venus de
partout en Amérique latine. La torture n’existe que pour humilier et
rabaisser ses victimes. Une société ne peut pas utiliser de telles
méthodes
sans perdre son humanité, son lien avec cette partie en nous qui
ressemble à
Dieu.
Nous
avons une théologie d’inclusion radicale,
chacun faisant partie du tout.