Avant-propos
de Fabrice Descamps
Le présent numéro de Tribune Libre Unitarienne s'est donné pour
tâche d'aborder la question du ou des fondements de la morale. Rien de plus évident
en effet, pour des membres de groupes religieux tels que nous, que de se
demander si leurs pratiques ecclésiales ou leurs déclarations de principe(s)
fournissent à la morale des bases solides pour leur vie quotidienne et des
valeurs pour les guider dans leurs choix et leurs actes.
Bien évidemment, ce numéro ne prétend pas à l'exhaustivité, il ne
cherchera pas à donner l'illusion au lecteur que nous ayons fait le tour du
sujet. Il livrera seulement la faible lueur que certains d'entre ses rédacteurs
ont cru un instant percevoir alors qu'ils tâtonnaient dans la caverne de Platon
à la recherche d'une seule toute petite vérité morale, si minime fût-elle.
L'article qui ouvre la série, « L’universalité
de la conscience morale »,
est un travail de jeunesse de notre ami et collaborateur Léo Poncelet. Léo y révèle
qu'il fut, en son jeune temps, un partisan éloquent de la théorie du droit
naturel, chère à l'Église catholique depuis Thomas d'Aquin. La théorie
du droit naturel ou jusnaturalisme, quand on est pédant comme moi et
qu'on veut montrer à tout le monde qu'on a fait du latin, prétend que le
fondement de la morale se trouve dans la nature même de l'homme, d'où
son nom, et que cette nature humaine nous relie aussi à la nature même
du monde, ce qui est une deuxième manière tout aussi valable de présenter la
théorie. On évitera donc de croire que la théorie du droit naturel soit la
traduction philosophique d'un néo-paganisme qui veut fonder toute morale sur un
culte de la Nature, avec un grand N. Certes le néo-paganisme qu'on rencontre
dans certains cercles unitariens implique une morale entée sur le droit
naturel, mais la réciproque n'est pas vraie, comme le prouve la théologie
catholique qui promeut aussi le jusnaturalisme.
Le deuxième article, « L'utilitarisme, une morale laïque »,
écrit par votre serviteur, prend le contre-pied du premier en rejetant la théorie
du droit naturel et en défendant son principal concurrent dans le domaine éthique,
l'utilitarisme. Là encore, toute confusion sur les mots est à éviter :
l'utilitarisme n'est pas une doctrine morale qui rejette tout ce qui n'est pas
strictement utilitaire, mais affirme simplement que la recherche du bonheur en
société est le fondement de la morale. La difficulté de cette position
consiste évidemment ensuite à bien distinguer l'utilitarisme de l'égoïsme
rationnel, ce à quoi s'emploie cet article.
L'article suivant, « Le singe en nous », est un sermon du
pasteur unitarien Anthony Davis, où Anthony démontre clairement que, certes
nous sommes de grands singes, mais que cela ne signifie pas, comme on prétend
souvent, que nous n'ayons aucun sens moral puisque les singes ont un sens moral.
Vient ensuite un autre sermon, « Un phare d'espoir » par
Hannelore Poncelet-Daniel (eh oui, TLU est une grande famille!) où la prédicatrice
passe en revue certaines écoles de pensée, comme la phénoménologie, la
sociologie néo-braudélienne d'Immanuel Wallerstein, la théorie du bouc émissaire
chère à René Girard, pour finir par réhabiliter les Églises comme lieux
possibles d'élaboration d'un code éthique partagé.
L'avant-dernier article de notre numéro de TLU, « L'éclipse
de la foi », est un sermon du pasteur unitarien Peter Morales. Peter y
renvoie dos à dos ceux qui, à l'instar du téléévangéliste Pat Robertson,
confondent foi et intégrisme, et ceux qui, comme Richard Dawkins, rendent à
l'inverse la foi responsable de tous les fanatismes.
C'est également le propos de l'article suivant de Fabrice Descamps
(encore lui, pfuu!), « Dieu est-il mort? », qui ne voit aucune
contradiction entre la défense d'une morale laïque, telle que l'utilitarisme,
et l'affirmation de l'existence de Dieu, à la condition expresse de renouveler
de fond en comble notre compréhension du concept de Dieu et d'abandonner l'idée
d'un dieu personnel. Comme Hannelore et Peter, Fabrice pense qu'on peut et doit
sauver la religion car elle offre le seul moyen que nous connaissions d'échapper
au relativisme moral.
Et notre numéro se clôt par deux recensions d'ouvrages qui, vous le verrez, entretiennent d'étroits rapports avec les autres articles.
Niort,
France, Union Européenne, juin 2009