TRIBUNE LIBRE UNITARIENNE VOL,5, NO.1 août 2009
Recensions d’ouvrages
Andréa Richard,
Au-delà
de la religion : Pour une spiritualité laïque en mouvement, Septentrion,
Québec, 2009.
Complément à l’article d’Andréa Richard paru dans le numéro de
TLU Vol.4, no.1, 2008. Nous remercions son auteur et l’éditeur de nous avoir
accordé la permission de reproduire ici ce chapitre ci-après, extrait de ce
livre passionnant, Pp.153-162.
LES
ACCOMMODEMENTS DÉRAISONNABLES : MOUVEMENT RÉTROGRADE.
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La commission de consultation sur les pratiques
d’accommodement reliées aux différences culturelles (commission
Bouchard-Taylor) a éveillé et sensibilisé la société québécoise aux
problèmes des immigrants qui ne s’intègrent pas, à la pertinence de
les accueillir, mais elle ne semble pas avoir écouté et entendu ce que
les Québécois ont dit et exprimé sur l’importance que l’on donne
aux religions des autres cultures qui s’établissent chez nous et sur la
place qu’on laisse, entre autres, aux arrivants musulmans intégristes
(je sais que tous les musulmans ne sont pas intégristes). On leur accorde
des « accommodements dits raisonnables » alors qu’en réalité
cela relève de la plus pure déraison. Il arrive que la décision de la
cour vise des individus au détriment des groupes. Pourquoi? Parce que, et
c’était bien « raisonnable », les accommodements étaient réservés
aux handicapées dont la condition physique limitative nécessite ce genre
d’adaptations. Mais voilà donc que les religions se réclament d’un
statut particulier ou comparable à celui des handicapés pour tenter
d’obtenir des privilèges! Est-ce que l’endoctrinement des religions
amène des handicaps psychologiques qui nécessitent des accommodements?
Le problème ne vient pas des personnes musulmanes, juives ou même
catholiques. Le problème est directement lié aux religions qui exigent
de nos dirigeants des arrangements particuliers facilitant leurs
pratiques.Une
société moderne n’a rien à faire des contraintes religieuses et les
instances gouvernementales responsables ne devraient pas tenir compte des
religions. Toutes les religions! Accommoder l’une ou l’autre de ces
religions, c’est lui donner une importance démesurée, c’est laisser
entendre qu’on pourrait adhérer aux fondements mêmes de ces croyances. Or,
nous savons très bien aujourd’hui que toutes les religions, oui toutes!, sont
assises sur des doctrines erronées et sur des dogmes mensongers. Comment
pouvons-nous encore cautionner ainsi le culte du faux? C’est rendre
irresponsable et, plus encore, c’est à mon avis malhonnête. C’est non
seulement tolérer le mensonge, mais l’accepter et l’approuver. N’est-il
pas temps de se réveiller enfin de ce long sommeil, de cet interminable coma
artificiel provoqué par les autorités religieuses de toutes les confessions?
Que faisons-nous de notre responsabilité envers les jeunes à qui, encore et
toujours, sont transmises des « valeurs » inexistantes?
Aucun
accommodement ne devrait être accordé en fonction d’une religion quelle
qu’elle soit! J’ai rencontré dernièrement un couple de sympathiques Égyptiens,
après l’une de mes conférences. Ils m’ont dit : « Nous, nous
avons quitté l’Égypte parce que la religion musulmane y est devenue trop présente
et qu’elle cause des problèmes de société. Maintenant, ici, non seulement
vous les accueillez, mais vous leur déroulez le tapis rouge des privilèges.
Nous vous trouvons bien naïfs dans votre intention de vous montrer gentils… »
Beaucoup d’autres qui ont quittés ces pays et ont parlé, des modérés de la
religion musulmane, ont été entendus ainsi que des personnes très averties,
comme monsieur Sam Haroun, d’origine libanaise, diplôme de l’Université de
Lyon et de l’UQAM qui a publié aux éditions du Septentrion L’État
n’est pas soluble dans l’eau bénite. Essai sur la laïcité au Québec.
L’expérience de ce dernier de trois cultures différentes, arabe, française
et québécoise, a fait de lui un défenseur ardent et éclairé de la laïcité.
Je me demande pourquoi sa voix n’est pas entendue… Il se pourrait que, dans
les vingt à trente prochaines années, Gérard Bouchard et Charles Taylor
soient blâmés pour n’avoir pas usé de la chance qui leur a été donnée
par l’entremise de leur commission d’apporter ces changements, de se rallier
au peule qui demandait que cessent ces accommodements et de recommander que les
clauses soient ajoutés à la Charte des droits et libertés pour régler cette
question. Mais non, ils ne l’ont pas fait. À tort ou à raison? Seul
l’avenir le dira…
Et
pourquoi ne l’ont-ils pas fait? Idéalisme? Politique de l’autruche! Je ne
comprends pas qu’on ne tienne pas compte de l’expérience sur ces questions
dans d’autres pays. Comme si le Québec était à l’abri de ces tumultes,
que cela ne pouvait arriver chez nous… Il fau agir avant qu’il ne soit trop
tard. Le peuple a parlé. Le gouvernement s’est vautré dans son entêtement
et non seulement il n’as pas écouté, mais le voilà qui favorise même la
minorité intégriste. Oui, le gouvernement s’en lave les mains en laissant le
libre arbitre sur la question des accommodements. Et pourquoi semble-t-il aussi
détaché? Pour des intérêts personnels? Pour obtenir certains votes aux élections?
Pour l’argent qu’il en obtient? Quelqu’un, quelque part, achète-t-il nos
élus? S’il en était ainsi, ce serait alors une trahison envers la nation. Ce
n’est donc pas lui qui engage sa responsabilité, il la renvoie plutôt, en se
libérant d’un devoir qu’il refuse d’assumer, à la société et aux
autres institutions, les laissant aux prises avec le problème. Présentement,
en octobre 2008, un prisonnier pour complot de terrorisme, nommé Said Namouh,
d’origine marocaine, réclame pour lui un repas spécial, car sa religion lui
interdit de manger du porc… et si on ne lui accorde pas, son avocat ira en
cours pour l’appuyer au nom de la Charte des droits et liberté. Est-ce que
cette même charte sera évoquée pour que le cuisinier ne soit pas obligé
d’accéder à la demande de Monsieur? Je crois que ça se passe de
commentaires.
Dans
l’espoir d’éviter des tensions et de prévenir tout dérapage, Québec
mettra sur pied une ligne 1 800 pour aider les commerçants,
fonctionnaires, enseignants et autres « décideurs » à traiter les
demandes d’accommodements raisonnables. À ce que l’on prétend, ce serait
du « cas par cas ». Selon moi, il s’agit d’un arbitrage plus
qu’équivoque qui finira par générer encore plus de tensions et plusieurs ne
tarderont pas à crier à l’injustice.
À
mon avis, ce rapport, truffé de contradictions, dont il ressort surtout qu’on
veut à tout prix sauver la chèvre et le chou, est un
beau feu de paille! La ligne 1 800-accommodements suffira-t-elle,
parce qu’elle comporte de mauvaise foi, à l’éteindre?
On
indique la porte avant à la religion catholique pour ouvrir bien grande celle
de derrière au culte musulman, par exemple, retirer le crucifix des
institutions scolaires pour y installer des tapis de prière dans des locaux réservés.
Ou encore revendiquer la laïcité d’une part et accepter que les enseignants
portent sur eux des symboles religieux d’autre part. Rien de bien cohérent.
Il faut bien le dire, la commission Bouchard-Taylor avait les mains liées. Elle
devait s’en tenir à la Charte canadienne des droits et libertés et à celle
du Québec. Cela signifie-t-il qu’il est impossible de changer ou de modifier
ce que P.E. Trudeau, premier ministre, avait décrété en son temps? Une réponse
affirmative à cette dernière question me porterait à abonder dans le sens de
Pauline Marois, la chef du Parti québécois, qui préconise l’établissement
d’une constitution et d’une « charte québécoise de la laïcité ».
Le problème c’est que la province de Québec a une charte des droits et
libertés de la personne en harmonie avec le Code civil. Le Canada a sa charte
nommé Charte canadienne des droits et libertés, dont le préambule est que
Dieu est l’être suprême. On ne peut alors que respecter les croyances
religieuses. Les deux chartes sont en conflit. La charte canadienne a des droits
fondamentaux de groupes et de langues, un respect acquis qui permet le
multiculturalisme. On peut avoir gain de cause en cour au Québec, mais ensuite
le parti opposé va s’adresser au fédéral et pourra gagner sa cause par la
charte canadienne qui a priorité sur la charte provinciale : elle abroge
la charte québécoise en invoquant toutes sortes de clause dérogatoires. Léo
Poncelet, écrivait dans La Tribune libre
unitarienne (vol. 4, no. 1, 2008) :
Notez bien que la charte canadienne
se dit une charte des droits et libertés, non une charte des droits et libertés
de la personne. La personne n’est pas au cœur de la charte canadienne. Elle
demeure élusive à savoir à quoi et à qui accorder les droits et les libertés.
Elle se caractérise par la reconnaissance à la fois du « droit à la
différence » et de la « différence des droits », distinction
bien trouvée par Yolande Geadah. Son mélange hétéroclite de droits et libertés
est à l’origine des imbroglios et ouvre la porte à toutes sortes de dérives.
Face aux requêtes d’accommodements religieux présentées devant les
tribunaux canadiens, comme cela s’est vu, les juges peuvent reposer leurs
jugements sur des arguments métaphysiques, tels le degré de la croyance
religieuse du plaideur. Bref, vu sa nature, la charte canadienne se prête à
des jugements gratuits et biscornus. En contraste, la charte québécoise donne
moins d’ouverture à ce genre de dérapage car les juges à la cour du Québec
sont tenus de prendre en ligne de compte les intentions du législateur. (…)
Dans la charte canadienne, il n’y a
aucun article qui s’apparente à l’article 10 de la charte québécoise :
« Toute personne a droit à la reconnaissance et à l’exercice, en
pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinctions,
exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la
grossesse, l’orientation sexuelle, l’état civil, l’âge, sauf dans la
mesure prévue par la loi, la religion, les convictions politiques, la langue,
l’origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou
l’utilisation d’un moyen pour pallier ce handicap ». Cet article
reconnaît la valeur intrinsèque et la dignité de toute personne, la protège
contre toute une série de discriminations possibles. C’est un point
contentieux entre la charte québécoise et la charte canadienne.
Si le Québec reconnaissait la
primauté de la charte canadienne, l’article 10 de la charte québécoise se
verrait abrogé en quelque sorte, pavant la voie à toutes sortes de
discriminations institutionnelles. La charte québécoise ne reconnaît que le
droit à la différence, non la différence des droits. La Charte canadienne des
droits et libertés joue donc à l’encontre de la charte québécoise en
voulant superposer la différence des droits au-dessus du droit à la différence.
Dans
la charte québécoise la laïcité est inclusive alors que dans la charte
canadienne elle est « ouverte » aux ambiguïtés et aux dérapages!
Comment pouvons-nous ajuster nos tirs alors que les deux chartes s’opposent?
C’est un problème. Les deux
gouvernements devraient s’entendre pour les modifications à apporter. Le code
canadien crée des précédents, c’est l’envers d’une société qui se
veut en évolution. Une charte ne devrait pas être en stagnation, mais en
mouvement avec la société qui change. C’est une grave erreur de toujours
revenir au passé, s’il peut être inspirant, il ne doit pas être stagnant.
On ne peut établir des chartes intouchables.
Je
suis de l’opinion que les tensions seraient plus facilement évitées si on établissait
des normes toutes simples à respecter, des règles simples à suivre et des
balises simples pour nous modérer, le tout s’appliquant à toutes les
confessions religieuses, sans aucun accommodement. Croire en Dieu et vivre sa
spiritualité ne signifient pas pratiquer une religion. Religion signifie
endoctrinement.
Les
consultants rejoints sur la ligne 1 800 n’auront certes pas la tâche facile :
ils devront, dans le respect de la politique du cas par cas, faire la différence
entre ce qui est raisonnable et ce qui ne l’est pas. Mission impossible,
d’après moi, puisque dans deux cas similaires, l’un soumis par exemple à
Hull et l’autre à Québec, le répondant pourra dire oui à Hull et non à Québec,
et vice versa. Retour, donc, à la case départ : frustration et confusion.
Je
crois que, majoritairement, les Québécois ont demandé une charte de la laïcité
comportant des consignes claires. Ne serait-il pas la solution la plus « raisonnable »?
Par
ailleurs, Radio-Canada a rapporté en 2007 que la communauté juive hassidique
d’Outremont de Montréal, qui représente actuellement 17% de la population de
cet arrondissement et dont le taux de natalité laisse prévoir une augmentation
jusqu’à 35% d’ici 2030, se retrouverait en situation d’illégalité
depuis 25 ans. Ils ont, par exemple, au mépris des règlements d’urbanisme et
du zonage, implanté des synagogues et un dortoir sans permis de la Ville.
Cela
porte à croire que, dans dix ans, le Québec regrettera de n’avoir pas pris
de mesures plus claires en regard des accommodements raisonnables. Le cas
d’Outremont, dont les autorités regrettent de n’avoir pas agi quand elles
auraient dû, soit 25 ans en arrière, et qui coïncide avec la sortie du
rapport de la commission Bouchard-Taylor, devrait servir d’exemple à notre
gouvernement. Il faut rompre ce mouvement établi pas des accommodements
raisonnables.
Diane
Guilbault, auteure et militante pour la démocratie et la laïcité, dit que la
question des accommodements n’a rien à voir avec l’immigration, comme
l’ont laissé croire les commissaires Bouchard et Taylor(1);
elle concerne plutôt l’adhésion d’individus à une lecture fondamentaliste
et politique de leur religion. Cette lecture, associée à une interprétation
des chartes basée sur les croyances et les droits individuels ainsi que sur le
multiculturalisme, conduit à l’amalgame de l’appartenance culturelle et de
l’appartenance religieuse, cette dernière devenant pour plusieurs le
fondement de leur identité. Une telle lecture incite à croire qu’il est légitime
de réclamer des privilèges personnels au détriment des droits collectifs,
notamment les droits des femmes.
En ce 8 novembre 2008, à la radio, on nous informe qu’en Suisse les médecins sont exaspérés, mille quatre cents excisions par année y sont pratiquées, au nom de la religion et au nom du droit des parents… Mais le droit de l’enfant, lui? Qui ne choisit pas mais subit… Il est temps qu’on se réveille et, surtout, qu’on agisse!
1.
En 2007, le gouvernement québécois, sous la gouvernance de M. Jean
Charest, a établi la Commission de consultation sur les pratiques
d’accommodements reliées aux différences culturelles. Messieurs Gérard
Bouchard et Charles Taylor furent mandatés coprésidents de la commission.