DE LA NAUSÉE COPERNICIENNE ET DE L’ATHÉISME COMME
ANTIDOTE, par Claude M.J. Braun
(Claude M.J. Braun, PhD.,
est professeur titulaire de psychologie à l’UQÀM,
auteur d’ouvrages et d’articles en neuropsychologie. Son récent livre, Québec
athée, a paru chez les éditions Michel Brulé en
2010.)
La
statue de Copernic se
trouve devant le Planétarium de Montréal.
Dans la Préface
de sa Critique de la raison pure, Kant a lancé un « mème »
bien poétique. Il a dénommé la théorie héliocentrique (théorie voulant
que la terre tourne autour du soleil) révolution
copernicienne.
Freud a appliqué la métaphore à la théorie de l’évolution de Darwin.
Steven J. Gould a ensuite poussé la métaphore encore plus loin en
accordant à Freud lui-même le statut de révolutionnaire copernicien.
Chacune de ces révolutions scientifiques aurait eu l’impact de
détrôner l’humain,
disait Gould. Non seulement la planète de cet humain ne serait-elle
désormais plus au centre du monde, mais cet humain ne serait désormais
plus l’ultime création, pas une « créature » du
tout »,
ni même angélique... Cet humain devrait dorénavant se reconnaître comme
déchu.
« Ondées durables, tempêtes
éclair, se fatigue qui éperonne, s’étouffe qui dévore; diaphane vanité,
insatiable cormorand,
consomme ses moyens, finissant par se dévorer elle-même »
William Shakespeare, 1564-1616.
Les
hommes ne sont pourtant aucunement « déchus » par les
sciences. Plutôt, ils ont été de tous les temps, et encore aujourd’hui,
d’une extrême prétention.
De tous les temps, les hommes ont été incapables de penser, d’agir, de
développer des valeurs, ou de représenter le monde autrement qu’en
termes anthropocentriques. Ils sont des animaux hypersociaux qui
ne peuvent penser autrement qu’en termes sociaux. Chaque humain conçoit
le monde en termes de lui-même, de son village, de ses proches, de ses
ennemis, et de l’hiérarchie humaine. Dans toutes les cultures, et de
tous les temps, chaque tribu, groupe, peuple s’est inventé une histoire
dans laquelle l’individu, le groupe, la tribu, le peuple, est aucentre
du monde, est ce qu’il y a de mieux
au monde, existe d’une façon ou d’une autre depuis le début
du monde, est la seule raison
d’être du
monde. Cette mentalité a pu être avantageuse pour les sociétés d’antan,
mais sa persistance est devenue une épine au pied du village global
d’aujourd’hui. Et pourtant cette mentalité continue à se répercuter et
est entièrement reprise et même enrichie dans le développement
cognitif, émotif, moral de chaque individu, encore aujourd’hui. Ainsi,
chaque individu se place lui-même, à sa façon, au centre du monde. Son
champ attentionnel forme une bulle dont le centre est lui-même. Cet
individu se considère meilleur, plus méritoire, plus habile, plus
aimable, plus sensible, plus talentueux que ses congénères. Il va de
soi qu’il se donne un statut supérieur aux autres formes de vie et aux
objets qu’il dit « inanimés ». Cette affirmation sur
l’extrême prétention des humains n’est pas une figure de style ou un
artifice oratoire ni ne renvoie t’elle à un artéfact du passé. Une
multitude d’études hypothético-déductives, expérimentales et quasi
expérimentales, rigoureusement et ingénieusement réalisées par des
psychologues, ont confirmé sa véridicité aujourd’hui. Lorsqu’on
questionne les gens sur leur passé, il est systématiquement peint en
rose. Lorsqu’on questionne les gens sur leur niveau de performance dans
quelque domaine que ce soit, ce niveau est systématiquement surestimé.
Nous sommes une espèce prétentieuse. Voilà un terrain fertile pour
certains types de délire… religieux par exemple.
Les
hommes et les femmes qui croient qu’ils ont l’écoute du dieu créateur
sont d’une extrême prétention, ainsi que ceux qui croient qu’ils ont un
don pour interpréter les souhaits du grand seigneur. Ceux qui pensent
pouvoir en dire l’essentiel sont tout aussi délirants et mégalomanes.
Toutefois, ces gens, qui ne sont pas bien différents des non croyants,
sont à peine plus délirants que les autres… Nous sommes vraiment une espèce
fabulatrice.
« Ceux
qui se mêlent de faire ce beau métier de prophétiser et contrefaire les
confidents, et les messagers des dieux, et qui nous viennent parler de
leur part, ne sont que d’impudents menteurs, des insensés, des
visionnaires, des fanatiques, de méchants imposteurs, des moqueurs, ou
de fins et rusés politiques, qui ne se servent du nom et de l’autorité
de Dieu que pour mieux jouer leur personnage, en trompant ainsi les
hommes » Jean Meslier,
prêtre catholique, 1664-1729.
Un
profil psychologique est récurant chez les fondateurs des sectes
religieuses. Arrivèrent les premiers villages et villes, les langues
écrites, suivies des religions d’État. Une religion commence avec un
personnage apte à façonner une petite secte composée d’ouailles qui le
vénèrent. Ce personnage, le fondateur de toutes les religions, comporte
quatre principales caractéristiques. 1) il est misérable :
pouilleux (Jésus et Smith, fondateur du mormonisme), bâtard (Jésus),
orphelin (Mahomet), analphabète (Mahomet et Smith), itinérant quêteur
(Jésus), petit criminel (Smith, bandit (Mahomet), pédophile etpromiscueux (Mahomet
et Smith). Il est frustré de sa situation. Il a un problème d’estime de
soi; 2) Il estmythomane,
il invente un monde complet qu’il ne tarit de décrire avec enthousiasme
et toutes sortes d’autres émotions intenses. Et ce monde, il se met
graduellement à y croire vraiment; 3) il estmégalomane,
il joue
un rôle primordial dans ce monde, rôle qui le valorise, qui est
d’importance (fils de dieu, prophète, témoin ou façonneur de miracles,
interprète privilégié des intentions divines), il a des ambitions
politiques (Jésus : roi de Judée, Mahomet : calife
d’Arabie,
Smith : président des États-Unis); 4) il est charismatique,
les gens sont heureux de le suivre, il soulève leur enthousiasme, il les mesmérise,
il est intelligent , il a un style convainquant.
Ce
personnage prend d’abord plaisir à impressionner ses concitoyens avec
ses élucubrations abracadabrantes, plaisir partagé par tous les
« devins », lecteurs de paume, astrologues, et autres
clowns
ou arnaqueurs jovialistes.
Toutefois, le futur chef de secte est particulier. Il se rend compte,
consciemment ou inconsciemment, qu’avec un discours très sérieusement
grandiose, universel, cosmique, et moralisateur, c’est à dire hyper
dominant, il peut s’assurer de l’assiduité d’une petite communauté
d’admirateurs. La règle universelle de tout dirigeant
religieux :
se faire vivre par les ouailles en ne faisant rien que proclamer. La
parfaite combine. Les lecteurs de paume et autres petits charlatans,
eux, se contentent d’arnaquer le client à la pièce.
Nous
n’en sommes toujours qu’au « club » d’initiés mené
par un
hurluberlu. La vision du monde et la façon de vivre de ce club
deviennent une religion seulement qu’après plusieurs générations,
s’appuyant sur des textes de témoignages qu’on prendra pour des
révélations, et une fois les textes bien triés pour leurs fonctions
utiles (cosmogonie, pacification sociale, code moral, fonction
identitaire, etc.), la secte d’autrefois sera identifiée comme porteuse
emblématique d’un peuple et ses délires deviendront la vision du monde
officielle de ce peuple. Cette opération peut être purement et
cyniquement opportuniste (l’empereur Constantin pour le catholicisme)
ou elle peut se faire par le grand prêtre lui-même avec quelques
complices (le grand exode de Smith chez les mormons, les guerres
tribales de Mahomet).
La
trame psychologique du développement d’une religion, en ce qui concerne
le chef fondateur, est donc, désaffectation, déséquilibre
psychologique, délire mythomane, mégalomanie, narcissisme, parasitisme,
exploitation. Du côté des ouailles, crédulité, hypnotisabilité,
ignorance, naïveté, crainte, besoin d’être sécurisé, propension à
admirer. Déçue de son marasme existentiel, l’ouaille s’identifie au
prophète qui, encore plus misérable qu’elle, aura touché Dieu. À chaque
torchon sa guénille.
Les zélés religieux, aussi soumis et crédules qu’ils soient,
s’identifient toujours à la grandeur… par proxy. La mégalomanie,
l’amour propre, la dignité
démesurée, ne sont jamais loin, malgré les affirmations
d’humilité.
Cela
pouvait toujours fonctionner dans des sociétés pastorales primitives
d’autrefois, mais cela devient très dangereux, apocalyptique même, dans
des sociétés modernes, industrialisées, surpeuplées, à bout de
ressources. Des 180 millions de pakistanais, détenteurs d’une
importante capacité de frappe nucléaire, selon un récent et important
sondage de l’Institut Pews,
75% affirment qu’ils sont en faveur de la peine de mort pour les
apostats. L’extrême prétention de ce point de vue, son incroyable
brutalité, son impitoyable cruauté, son hallucinante stupidité, toute
la misère, la pauvreté, la souffrance, l’ignorance desquels il émane,
montrent à quel point les choses ne vont pas bien dans ce monde lorsque
on se cantonne dans un mode de vie arriéré, tout en s’appropriant
quelques joujous de
la modernité. Le Pakistan, déjà terriblement surpeuplé, a le taux de
natalité le plus élevé au monde et est un des pays les plus pauvres etinégalitaristes du
monde.
Les
religions donnent à l’humain une solution facile pour régler
instantanément et en permanence ses problèmes émotionnellement
douloureux comme le fait que la vie n’a aucun sens à priori, que nos
origines humaines sont obscures, que notre destin individuel et
d’espèce sont tout autant obscurs, qu’aucune ligne de conduite semble
pouvoir entièrement nous guider dans nos choix d’actions, que nous
n’avons qu’une idée floue de notre place dans l’univers, et que nous
risquons à tout moment de nous retrouver seuls, misérables, mourants.
L’enthousiaste religieux veut comprendre ces choses et se prémunir
contre toutes ces craintes, mais n’en a ni la force, ni l’intelligence,
de commencer à chercher. Il préfère se faire des accroires. Une
entourloupette, un circuit court. Il découvre la
« foi ».
Dieu
souffre d’un trouble dissociatif de la personnalité. Un jour il est le
vieux bougon fatigué, meurtrier du monde entier (déluge), enragé de
s’être fait décevoir par ses créatures. Le lendemain, il est le bébé en
couches, omniscient, omnipotent, charmant.1
Tant
qu’à suspendre son esprit critique, et avaler une réponse toute faite
aux grandes questions existentielles de la vie, le croyant québécois
d’aujourd’hui sera particulièrement attiré par un récit qui ressemblera
à un conte de fées, dans lequel il pourra s’identifier à la gentille
fille ou le fils respectueux, et se représenter dieu en bon père qui
veille sur son enfant avec force, bienveillance, sagesse, justice, etc.
Autrefois, l’image d’un dieu justicier, guerrier, brutal convenait
davantage. Dans tout ce processus, il faut comprendre d’où vient cette
puissance d’inspiration des récits religieux : ils viennent, à
l’origine, de personnes émotionnellement déséquilibrées, pauvres,
déchues, humiliées, abandonnées, faussement rebelles, qui ont trouvé un
moyen magique d’inverser leur propre situation. Ce même processus est
repris, par proxy,
par chaque ouaille, durant des siècles et des millénaires. Au fait,
pendant des millénaires, la religion sera l’unique vision du monde de
la majorité des gens de cette planète. Il n’est pas du tout ringard de
s’inquiéter de cet état des choses. C’est la réalité de la très vaste
majorité de la population humaine AUJOURD’HUI.
Dans
ce monde, l’ouaille est placée au centre. Le monde entier tourne autour
de ses besoins. Mieux, le monde a été crée pour elle. Le monde entier,
par l’entremise de dieu, veille à son bien-être individuel. Tout est
familier, inchangeant,
fiable et acceptable pour qui a la
foi. Il est inutile de regarder les choses du monde, de les connaître,
pour quiconque est bon croyant, sauf du coin de l’oeil. Il sait qu’il
fait tout ce qu’il a à faire, croire à et pratiquer quelques simples
rituels, suivre une ligne de conduite élémentaire, alimenter un tant
soit peu l’église, il sera sauvé. Le mal est ramené à quelque chose que
l’on peut facilement reconnaître : un travesti de nous-mêmes,
le
démon. Finalement, il n’y a que « nous » dans le
récit
religieux : dieu c’est nous, le démon c’est nous. Le créateur
c’est nous. Le destin c’est encore nous. Pas compliqué. Simpliste.
Rassurant. Je suis juif. Je suis chrétien. Je suis musulman. Je
« crois » et c’est tout. En cas de doute, consulter
le
« bouquin ».
« L’encre des savants vaut plus
que le sang des martyrs » Mahomet, prophète de l’Islam,
570-632.
Il
y a juste un problème. Le monde existe. Il change vite. Il est
complexe. Et nous, les humains, nous occupons une bien petite place
dans ce monde. Certains s’y intéressent pourtant à ce monde au delà de
leur petite personne ou petite tribu. Ils se sont mis à prendre le
monde au sérieux, en lui-même et pour lui-même. Ils se sont mis à
l’observer, longuement, minutieusement. Ils sont arrivés à détecter de
nouvelles régularités et irrégularités dans les trames des événements.
Ils ont fait des liens, de plus en plus complexes. Ils se sont
assujettis à la discussion critique. Ils se sont mis d’accord pour
laisser aux imbéciles les problèmes irrésolubles, et ils se sont
attardés aux problèmes résolubles. Ils ont accepté la règle de ne poser
de question qui ne puisse être rapportée aux faits observables, et qui
soit cohérente et raisonnée. Ils ont façonné le monde dans lequel nous
vivons. Ce sont eux qui nous réveillent le matin avec ce gadget, et eux
qui nous endorment la nuit avec un autre gadget, non sans nous avoir
accompagnés sans relâche tout au long de notre journée. Tels des Saint
Georges, ces scientifiques éperonnent le dragon religieux, le mettent à
mort en le cantonnant toujours plus aux derniers recoins de l’irraison.
Mais il est increvable…
Pauvre
humain. Lui, angélique, sublime, tranquille, ayant trouvé le moyen de
s’imaginer au centre du monde, pourquoi a t-il fallu qu’on lui fauche
ses prétentions, une après l’autre ? C’en est assez, aux yeux de
nombreuses personnes, pour développer une nausée,
voir même une haine viscérale, de la science, une cécité et surdité
psychologiques quant à ses contenus. Les scientifiques ? De sinistres
personnages qui nous amènent à notre perte, dans un vortex infernal…
La science ne vise pourtant aucunement à combattre
les religions monothéistes, trithéistes ou
polythéistes. Elle est plutôt assez indifférente à ces doctrines, de
même qu’elle est indifférente aux cosmogonies encore plus primitives.
Trop d’ailleurs. Mais si on tire des sciences les conclusions qu’elles
imposent, leur CONTENU est tout de même directement incompatible avec
la vision du monde religieux. Les révolutions coperniciennes sont des
démonstrations précises, froides, rationnelles, empiriquement
vérifiables, qui démolissent la
représentation complaisante et autovalorisante du
monde que quelques malheureux illuminés ont réussi
à imposer aux peuples pendant des milliers d’années.
Les
révolutions conceptuelles présentées au tableau suivant sont plus que
de simples idées. Ce ne sont pas des hypothèses. Ce sont des idées
complexes à très grande portée, cad qui expliquent de
très grands ensembles de phénomènes et de données. Ce sont des théories
qui ont été amplement testées, pour lesquelles on a trouvé une grande
diversité d’appuis empiriques, qui jusqu’à maintenant ne souffrent
d’aucune contre-démonstration,
et qui ont atteint le statut de « paradigmes »
scientifiques.
Plus concrètement, aucun candidat au doctorat en sciences à sa
soutenance de thèse ne pourrait nier une de ces affirmations sans
devoir faire face à un débat d’idées au cours duquel il risquerait fort
de se faire écraser intellectuellement et couler son diplôme (à moins
de mobiliser une contre-démonstrationmagistrale).
Les idées de notre tableau qui suit font partie des idées maîtresses
des scientifiques auxquelles ils croient fortement, tout en gardant
tout de même l’esprit ouvert à des contre-démonstrations.
Ces idées sont directement et inexorablement incompatibles avec les
révélations des religions. Elles les contredisent en leur cœur. Voilà
sans doute la principale raison pourquoi les scientifiques les plus
érudits, les plus engagés sont presque tous athées. Selon Dawkins,
dans son God delusion,
on a trouvé aucun récipiendaire vivant du prix Nobel qui croyait à un
dieu personnel, aucun qui ne croyait à une révélation religieuse.
|
Nature de la
« révolution » conceptuelle
|
Nom d’un
penseur ayant contribué fortement au concept
|
Nature du
détrônement humain que l’idée constitue
|
|
L’univers
matériel est éternel.
|
Héraclite
d’Éphèse
(544-541 av.
J.C.)
|
Le
monde sans début place l’humain dans un créneau temporel minuscule,
insignifiant. La plupart des physiciens aujourd’hui, semble-t-il,
croient commeHawking qu’il y
a eu des big bangs à
perte de vue.
|
|
Tout est en
mouvement.
|
Héraclite
d’Éphèse
(544-541 av.
J.C.)
|
La matière a le
potentiel de changer et de produire de nouveaux mondes, sans
l’intervention d’un humain ou d’un super humain.
|
|
Tout objet est
composé d’une variété limitée d’atomes (entités insécables).
|
Démocrite
d’Abdère (460-370 av, J.C.)
|
La vie est
réductible au non vivant, la biologie à la chimie, la chimie à la
physique, l’homme à ses unités constituantes.
|
|
L’univers est
infini.
|
Giordano Bruno 1548-1600)
|
Le monde
matériel est assez grand pour générer notre univers ainsi que beaucoup
d’autres.
|
|
La terre tourne
autour du soleil (héliocentrisme).
|
Nicolas
Copernic (1473 -1543)
|
La terre, notre
planète insignifiante, n’est pas au centre du système solaire
(géocentrisme).
|
|
Notre terre
grouille de formes vivantes invisibles à l’œil nu.
|
Antoine
P. van Leeuwenhoek (1632 –1723)
Louis
Pasteur (1822 –1895)
|
Les
micro-organismes sont partout, existaient avant nous, et sont beaucoup
plus importants pour l’écologie de la planète que nous (ils ont créé
l’oxygène). Le corps humain est non viable sans micro-organismes. La sanitation et
les antibiotiques, deux actions humaines d’inspiration scientifique,
contre les micro-organismes nocifs ont sauvé des milliards de vies.
|
|
Le métabolisme
est une combustionoxygénique.
|
Antoine
Lavoisier (1743 –1794)
|
La
chimie est réductible à la physique et la biologie est réductible à la
chimie. La vie est un cas des lois de la thermodynamique. La vie n’est
pas un mystère, pas un miracle, simplement un cas spécial des lois de
la nature.
|
|
La gravité est
une propriété universelle de tout ce qui existe.
|
Isaac Newton
1642 –1726)
|
La
loi universelle de la gravité explique en quoi il est inutile d’évoquer
des « substances » sans extension, des esprits
désincarnés,
des forces obscures, des principes abscons de dynamisation des choses.
|
|
La
chaleur n’étant pas recyclable, le monde est entropique (deuxième loi
de la thermodynamique). L’univers chemine vers un gaz uniforme et
glauque.
|
Sadie Carnot
(1796 –1832)
|
La
fin du monde est en cours depuis lebig bang.
Cette trajectoire est incompatible avec un quelconque
« jugement
dernier » ou autre mythe donnant à l’humain ou super humain la
moindre influence sur le décours de l’univers. Nous ne sommes que
locataires du monde, sur un bail à court terme.
|
|
La vie sur
terre provient d’une seule source et chaque forme a dérivé de la
précédente (théorie de l’évolution des espèces).
|
Charles Darwin
(1809 -1882)
|
L’humain
est un bric-à-brac laissé par la sélection naturelle dont l’effet est
opérant depuis au moins 600 millions d’années (premières bactéries
documentées). L’homme ne descend pas de dieu, mais d’une des branches
de l’arbre phylogénétique.
|
|
La
structure de la matière consiste en éléments très petits et agités qui
sont très éloignés les uns des autres, protons, électrons, etc.
|
John J. Thomson
(1856 –1940)
|
Nos
sens nous trompent: les principales composantes de l’univers nous
restent complètement inconnues. Nous nous illusionnons sur le monde. Si
notre esprit est à l’image de celui de dieu, alors celui-là est
extrêmement défaillant.
|
|
La terre n’est
pas au centre de notre galaxie (voie lactée).
|
Harlow Shapley
(1885 -1972)
|
Notre
système solaire est un minuscule ensemble à la périphérie d’un groupe
d’astres impartis de leur propre rotation, et notre galaxie n’en est
une que parmi un grand nombre.
|
|
Nos motivations
sont en grandepartie inconscientes.
|
Sigmund Freud
(1856 –1939)
|
L’humain est
animé par ses pulsions de la même manière que le sont les autres
animaux.
|
|
L’univers a
explosé il y a 13.5 milliards d’années et cette explosion est toujours
grandissante (théorie dubig bang).
|
Edwin Hubble
(1889 –1953)
|
Le
monde n’a pas été planifié. Il est le résultat d’un hasard complètement
désinvolte. Par ailleurs, tout s’éloigne de tout en toutes directions,
indiquant qu’il n’y a aucun « centre » du monde (du
moins en
ce qui concerne sa partie « visible »).
|
|
La
terre existe depuis 4.5 milliards d’années, et elle consiste en un
amalgame de fragments solaires. Nous sommes précisément des poussières
d’étoiles.
|
Arthur Holmes
(1890 –1965)
|
La planète terre-amalgame ressemble
aux autres « amalgames » que l’on observe au téléscope.
Elle n’est donc aucunement unique, spéciale, choisie, ou
« divine ». D’ailleurs, on a maintenant découvert des
centaines de systèmes planétaires comme le nôtre.
|
|
L’acide
désoxyribonucléique est le code matériel essentiel de la vie.
|
Francis Crick
(1916- 2004) et James Watson
(1928-)
|
Les
vitalismes, entéléchies et autres mysticismes grandioses de la vie sont
balayés par la découverte de l’ADN. L’ADN est simplement une matière
qui se réplique par des mécanismes chimiques. Il est l’alphabet, le
programme de développement de tout organisme. Le virus comporte à peine
plus que de l’ADN.
|
|
L’altruisme
existe chez l’animal primitif et est fortement articulé par la
consanguinité, schéma dont le mécanisme est inscrit dans les gènes.
|
Donald W.
Hamilton (1936 –2000)
|
La
moralité ne vient pas de l’homme, ni d’un super humain. Elle consiste
en règles de la vie sociale. Sous forme implicite, elle est florissante
chez les insectes depuis
des centaines de millions d’années. L’humain n’a fait que la rendre
explicite.
|
|
Les
organismes multicellulaires proviennent de l’assimilation de bactéries
par d’autres bactéries différentes (nos mitochondries sont des vestiges
bactériens).
|
Lynn Margulis (1938-
|
Nos
cellules proviennent de parasitismes multicellulaires archaïques datant
de millions d’années. Nous ne sommes donc pas des
« créatures » réalisées d’un seul coup, et nous
dépendons
complètement des autres formes de vie, même jusque dans chacune de nos
cellules.
|
|
L’âme, telle
que communément comprise, n’est rien d’autre que le cerveau en action.
L’esprit est un réseau neuronal en action.
|
Donald Hebb (1904
–1985)
John Searle
(1932-
|
L’esprit
n’est pas un « produit » du cerveau. Il est une
« propriété » du cerveau. L’esprit humain est donc
mortel et
ne peut en aucune façon être immortel.
|
|
La conscience,
et à fortiori l’âme, telles que communément comprises, n’existent pas.
|
Susan Blakmore (1951-)
|
Le
« flux » ininterrompu de notre
« conscience » est
illusoire. Il en va de même pour la « présence » que
nous
pensons avoir à nous mêmes, et au monde extérieur. Il existe des
multitudes de démonstrations à l’effet que nous sommes tous bêtement
distraits, incohérents, troués dans notre représentation de quoi que ce
soit.
|
|
Notre espèce
est la seule humaine depuis seulement 12,000 ans.
|
Michael Morwood
|
L'« Homme
de Florès », ou Homofloresiensis, est
une espèce de l'ordredes Primates de la famille desHominidés,
disparu depuis 12,000 ans seulement, mesurant environ un mètre et dont
le premier squelette fossile a été découvert en septembre 2003,
dans une grotte de l'île indonésienne de Florès.
Nous, homo sapiens, ne sommes pas la seule espèce humaine :
dans le « temps » phylogénétique, le « hobbit »
est notre petit frère contemporain.
|
|
La vie n’est
rien d’autre qu’une combinaison particulière de substances inorganiques
|
Craig Venter
|
Venter et son
équipe ont créé un organisme vivant et auto-répliquant en
insérant, dans une membrane d’une cellule dont le contenu avait été
vidé, un génome entièrement synthétique. On s’approche du jour où on
pourra fabriquer une cellule vivante avec seulement des composés
inorganiques. Il n’y a nul besoin d’invoquer un principe divin pour
expliquer l’apparition de la vie. La vie est un cas particulier de la
virevolte atomique, pas l’incarnation d’un grandiose projet.
|
Ces
révolutions coperniciennes sont ambiguës. C’est vrai qu’elles détrônent
l’humain en ce qui a trait à ses prétentions les plus grossières. Mais
elles représentent, avec les autres révolutions scientifiques (car les
découvertes scientifiques sont loin de toutes être
« coperniciennes »), aussi des triomphes de
l’ingéniosité,
des moments forts de l’intelligence humaine, une source inépuisable
d’émerveillement, même d’enchantement, pour qui s’en donne la peine.
Elles approchent l’humanité du statut du Dieu créateur, concepteur et
gardien de l’univers. Elles nous livrent, par syncopes, de magnifiques
prises sur l’univers lui-même.
Certains
commentateurs se plaignent des sciences, veulent en limiter les effets,
souhaitent les contrecarrer avec la religion. Le philosophe catholique
montréalais Charles Taylor a écrit récemment que la science serait désenchantement,
la religion enchantement.
Il est allé jusqu’à s’en prendre aux Lumières, nostalgique qu’il était
sans doute du féodalisme et des Âges noirs. Mais quel est donc ce
paradis que proposent le
christianisme, l’islam ? De s’asseoir pour l’éternité à la droite de
dieu, de vivre éternellement dans un jardin verdoyant où les rivières
seraient de lait ? Rêves de pauvres paysans abrutis qui espèrent ne pas
mourir et qui ne peuvent imaginer mieux qu’une éternité réglée sur une
bonne place à table ou une année de bonnes récoltes.
Il
suffit de décrocher temporairement du théisme, même si seulement pour
fin de rhétorique, pour comprendre que l’opposition taylorienne
d’« enchantement/désenchantement » doit
être revirée sur
sa tête. Le soi-disant enchantement religieux est une aliénation
émotionnelle, irrationnelle, contrefactuelle. Il place l’humain dans
une prostration paralysante, un culte de l’ignorance, un refus de
créativité, une attente stérile. Mais le pire, c’est que, érigé en
absolu, il engendre un amour propre excessif et dangereux, un terrain
fertile pour le dédain, l’exploitation, le meurtre de ceux qui sont vus
comme indignes et inférieurs : les femmes (souillées), les
enfants
(incultes), les gais (pervers), les adeptes des autres religions
(dangereux), les athées (monstres), les apostats (traitres),
les scientifiques (suppôts de Satan), les autres tribus (sous humains),
les autres groupes ethniques (barbares), les autres groupes raciaux
(primitifs), les autres nations (menaçantes).
À l’inverse, l’adoption d’une mentalité
scientifique du monde est potentiellement libératrice.
Et les scientifiques ne méritent pas d’être honnis. Ce sont dans
l’ensemble, à certaines exceptions près, de bonnes gens, à tendance
généralement humaniste, au
dossier criminel vierge, bienveillantes, qui veulent
changer le monde pour le mieux.
Les
scientifiques détiennent aussi une précieuse clé pour le bien
être
du monde entier: leur métier, du début de leurs études jusqu’à la fin
de leurs carrières, leur apprend à limiter leurs prétentions (dans
l’exercice de la science) à des raisonnements basés sur les faits,
formulés soigneusement et rigoureusement à l’aide de la quantification, assujetissables au
test hypothético-déductif direct ou indirect, soumis à l’analyse
détaillée et bénévole par des pairs experts, respectueux de la critique
des pairs aussi dévastatrice puisse-t-elle être, et finalement,
risquant d’être mis au rancart définitivement si la critique est
intraitable. Bref, s’il y a une vertu qui caractérise les scientifiques
accomplis, dans l’exercice de leur profession, c’est l’humilité.
Pourtant, compte tenu des succès extraordinaires des sciences, on a
tendance à plutôt voir les scientifiques comme prétentieux et
narcissiques. Cette représentation est celle du cinéma et du roman où
on développe le sentiment de crainte du scientifique fou, rebelle,
illuminé, un thème qui attire les foules. Mais la réalité à l’intérieur de
l’exercice scientifique est toute autre. Il est laborieux et écrasant
de mener une recherche scientifique et de la faire valoir dans le monde
des sciences. Cela prend énormément de tolérance à la contrainte, de
patience, de respect du jugement d’autrui. Personne ne se fait autant
évaluer, critiquer, juger, qu’un chercheur scientifique. Aucun
chercheur scientifique ne mène sa carrière sans subir l’assaut du
jugement des pairs, même pas les nobélisables ou nobélisés. Cela prend
bel et bien beaucoup d’humilité. Ce culte de l’humilité chez les
scientifiques est radical. Toute émotivité dans le discours
scientifique est systématiquement et totalement expurgé. Des illuminés
excités, on
en veut
pas en sciences, car la poursuite de la vérité est incompatible avec
les états affectifs qui inspirent et qui caractérisent la religion,
ainsi que bien d’autres activités humaines...
Comment
faire alors pour que les populations épousent la science et les
scientifiques ? La commande est lourde. Les humains auront-ils un jour
cette abnégation ? Au lieu de mystifier le monde, la science cherche à
le démystifier. La science devrait-elle cultiver le mystère ? Surtout
pas ! La science nous donne une base pour aménager notre place dans un
monde complexe. Elle autorise une amélioration de la condition humaine
ici sur terre. Les problèmes graves de notre espèce ne seront pas
résolus par la démarche religieuse. On sait déjà, tout à fait
scientifiquement, que la prière est complètement inefficace. Par
contre, il suffit de lire n’importe quel numéro de la revue Scientific American pour
trouver une multitude d’analyses des grands problèmes de notre espèce,
pollution, maladie, approvisionnement, surpopulation… et des solutions
à ces problèmes. Une telle lecture peut être infiniment plus
inspirante, édifiante, et enchanteresse, que la lecture des poussiéreux
et macabres torah, bible ou coran. Tout ce qui est requis, c’est de
lâcher la drogue dure de la religion, de commencer à utiliser notre
matière grise néocorticale un peu plus que notre système limbique.
Après
tout, est-ce vraiment si déprimant de constater que l’humain n’est pas
la raison d’être du monde, que nous ne sommes pas protégés par un
créateur, que nous allons tous mourir ? N’est-il pas tellement plus motivant de
penser qu’on puisse construire un monde meilleur, sans mains liées ?
Notre liberté absolue n’est-elle pas une valeur à chérir ? Existe-t-il
quelque chose de plus beau que notre faculté d’aligner, même si à
tâtons, notre pensée sur le réel, notre capacité de regarder la vérité
en face ?
Plutôt
que de croire au mythe de la création du monde par une bestiole qui
aurait surgi toute faite du néant ou qui aurait existé de tout temps,
n’est-il pas plus glorieux, enchanteur de croire que l’on puisse, tout
et chacun, être créateurs de
ce monde, autant que n’importe quelle autre entité ? Plutôt que de
supplier, convoquer, manipuler par sortilège la
« bestiole »
pour nous « sauver », n’est-il pas tellement plus
inspirant,
convivial, chaleureux, simplement de participer à un échange ?
Goethe n’a t-il pas compris tout à fait judicieusement avec son
personnage de Faust,
que rien ne sert à refuser la mort, que cette visée est même morbide,
aliénée ? Notre enchantement existentiel ne se situe-t-il pas plutôt
dans la dialectique de la vie et de la mort ? Nos vies ne sont-elles pas galvanisantes d’éphémérité et enivrantes de ce
que nous en faisons ?
Dans
leur vie personnelle, en dehors de l’exercice des sciences, les
scientifiques « oublient » souvent dans leurs
laboratoires
leurs « filtres à niaiseries » et deviennent donc
niais, le
temps d’un lapsus (parfois même le temps d’une vie). Et alors eux aussi
se laissent aller à la rêverie, imaginent des mondes meilleurs, tombent
en amour, et même construisent des « chapelles ».
Malgré
qu’ils ne sont pas plus vaillants ou admirables que quiconque, dans
leurs « chapelles » les scientifiques travaillent
néanmoins
sérieusement à régler les plus importants problèmes du monde, problèmes
que les religions doctrinales ne font qu’exacerber : le
problème
de l’inéquité de la
redistribution des richesses, le problème de la destruction de
l’environnement, le problème de la surpopulation mondiale2.
À L’opposé, les églises doctrinales ne font qu’exacerber ces problèmes
parce qu’elles s’appuient irrémédiablement sur l’ethno-tribalisme,
sur l’autoritarisme absolutiste, sur l’exploitation du plus grand
nombre. Il est impossible d’atteindre un humanisme qui en vaille la
chandelle via des doctrines fondées sur le parasitisme, qui attaquent
les apostats, qui désignent un prophète appartenant à une seule ethnie,
qui proclament pour l’éternité une révélation écrite dans une langue
spécifique, qui accordent à un seul peuple d’être choisi par Dieu, qui
présentent le monde comme un cadeau du ciel à consommer à volonté.
Heureusement il existe une église qui est amie des
sciences, l’Unitarienne-universaliste.
Dans ses chartes, déclarations et débats internes, elle dit admettre
les théories scientifiques et ne cherche pas à les relativiser,
minimiser, trivialiser.
À suivre…
NOTES
1. Braun, Claude, (2010). Québec
athée. Montréal : Les éditions Michel Brulé.
2. World
Scientists warning to humanity, (2005). Rapport de la Union
of Concerned Scientists (don’t la
plupart des members ont
reçu un prix Nobel.