Tribune libre unitarienne, Vol.6, No.2, décembre 2010, numéro consacré à la science et la religion.

RELIGION SANS MAGIE, par Hannelore Poncelet

 

Souvent on me demande, comment puis-je dire que l’unitarianisme est une religion. Unitarienne de tradition, je ne crois à aucun dogme, je ne crois pas aux miracles ni aux êtres ni aux événements surnaturels. Je soutiens que Jésus est un homme qui nous a enseigné être humain. C’est drôle à dire. Enfant, je n’ai vu qu’un tableau de Jésus : une belle personne blonde, imberbe vêtue d’une robe blanche longue, entourée d’enfants. En arrivant au Canada à 13 ans, j’ai découvert que Jésus n’était pas la figure féminine de mon enfance, mais un homme, et en plus un Dieu. C’est que, étant hongroise, ma langue maternelle ne distingue pas les genres.

 

Durant mon enfance, je ne comprenais pas ce que le concept du paradis voulait dire. Lorsque les enfants me parlaient du paradis, je ne comprenais pas pourquoi on voulait aller dans la « tomate ». Traduit en hongrois, « paradis » veut dire « tomate ». Je n’avais aucun désir d’y aller. Mais je me suis souvent demandée, dès l’âge de six ans, qui ou où serais-je si mes parents n’avaient jamais eu la chance de se rencontrer. Où étais-je avant d’être conçue? Pourquoi est-ce moi et pas quelqu’un d’autre? En vieillissant, je me suis dit, c’est ainsi, c’est la vie, et dans cette vie je ferai de mon mieux. Ce sera mon paradis, cette vie que je vis. La « tomate » se mange, elle nourrit; toute fraîche, elle est bonne à croquer.

 

Adolescente, cette promesse me trottinait dans la tête, surtout pendant mes cours de religion. Au secondaire en Ontario, les soeurs Loretto nous dispensaient des leçons sur l’immortalité, sur la dévotion à la vierge mère de Jésus qui est montée au paradis, sur la trinité d’un Dieu, et sur le sacrement de la communion où on mangeait le corps et buvait le sang du Christ. Très vite, j’ai abouti à la bibliothèque, probablement pour m’empêcher de contaminer mes consoeurs de classe avec mes questions insolites. Mais quel bonheur d’être parmi tous ces livres! Là, je me suis dit que j’allais profiter pleinement de chaque instant. J’ai lu presque toute la bibliothèque, des livres sur les Amérindiens, des livres sur l’histoire, des biographies, des romans. J’ai beaucoup aimé, entre autres, les romans de Charles Dickens, de Louisa May Alcott et d’Emily Bronté.

 

Comme j’ai vite épuisé les livres intéressants de cette bibliothèque scolaire, je me suis mise à lire la Bible qui s’y trouvait. J’ai vite commencé à comparer les récits de la création dans la Genèse avec mes lectures d’enfance dans la bibliothèque de mon père, en Hongrie. Il y avait le livre De l’origine des espèces de Charles Darwin (1) qui m’a beaucoup impressionnée, et aussi un ouvrage sur la mythologie hongroise. Maintenant, j’étais confrontée à trois récits d’origines. Cependant, dans ma petite tête, la version de Darwin me semblait la plus logique. Déjà enfant, je savais que la mythologie hongroise n’était qu’une légende, captivante, mais imaginaire. J’ai rangé le récit de la création biblique dans cette même catégorie. Puisque je voulais recevoir ma certification du secondaire, même n’étant pas catholique, je devais passer les examens de religion comme tout le monde. Comment faire? Je m’en suis tirée en répondant que les catholiques croient ceci ou cela, sans me compromettre.

 

Je n’ai jamais trop compris ce concept d’un Dieu, d’un être surnaturel, surtout en trois personnes. Dans mon entourage familial, nous n’avions jamais parlé de Dieu de cette façon. Je ne me suis jamais faite une conception personnelle de ce qu’est un Dieu. En étudiant les religions pendant mes cours à l’Académie Loretto en Ontario, ensuite au collège classique à Québec, puis enfin en anthropologie à l’université, j’ai fini par  réaliser ceci : depuis des millénaires les hommes cherchent à expliquer ce qu’ils ne comprennent pas, et devant la mort ils ont besoin de trouver un sens à la vie.

 

Mais assez de mes histoires personnelles. J’en ai mentionné quelques-unes pour démontrer l’esprit critique qui se développe déjà chez le jeune enfant qui n’est pas endoctriné, ni par ses parents ni par la communauté qui l’entoure, mais qui prend conscience des différentes croyances autour de lui.

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Ce qui est triste, c’est que ceux qui questionnent les prémisses des religions sont trop souvent considérés comme des hérétiques, et deviennent aussitôt sujets à l’exclusion, ou pis encore, à des persécutions, voir l’Inquisition, les bûchers, les exécutions, les lapidations, les punitions corporelles, l’exil. Les précurseurs des unitariens se sont révoltés contre ces actes de barbarie envers les hérétiques, les libres penseurs, les scientifiques, tous ceux qui refusaient de s’agenouiller devant les magiciens, les prêtres, les pasteurs.

 

Parmi ces précurseurs, il y a Michel Servet (2). Il était un médecin espagnol qui a découvert la façon dont le sang passe dans les poumons pour s'oxygéner. Il a osé écrire une thèse disant que dans la Bible il n’y a aucune mention d’un Dieu en trois personnes. Conséquemment, il dut s’exiler en France pour pratiquer son métier. Comme Jean Calvin rejeta aussi sa thèse sur l’unicité de Dieu, il s’enfuit à Genève. Trahi, il fut condamné à mort suite au témoignage de Calvin, et brûlé vif sur le bûcher pour hérésie en 1553. Ce qui souleva un tollé général. Ces mots du théologien français, Sébastien Castellion (1515-1563), qui dénoncent cet acte, sont prémonitoires : « Tuer un homme ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain: on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme, mais en se faisant brûler pour elle. » (3) Il a aussi dit : « Laissez-moi la liberté de ma foi comme vous avez la vôtre. Au cœur de la religion, je suis un avec vous. C’est en réalité la même religion. Même si nous différons d’opinion, pourquoi ne pourrions-nous pas nous aimer? » (4)

 

L’ardeur de ce mouvement de protestation contre les persécutions, autant de la part des protestants que des catholiques, se propage vers l’Est, sous la direction de Faustus Socianus, pour aboutir avec Ferenc Dàvid en Transylvanie hongroise (région de la Roumanie actuelle). Là, les libres penseurs débattent sur la thèse de Servet au sujet de l’unicité de Dieu et l’humanité de Jésus. Finalement, en 1564 à Torda, le roi hongrois, Jean Sigismund, déclare par décret que chaque personne a droit à la liberté de conscience; elle a aussi droit de prêcher et d’adhérer à la religion de son choix (5). Les catholiques, les orthodoxes, les luthériens et les calvinistes ne voient pas ce mouvement d’un bon oeil. Ils appellent ces libres penseurs des « unitariens » pour les distinguer des juifs et des musulmans. Ainsi, le nom est resté à travers les siècles.

 

Au décès du roi Sigismund, précurseur de la liberté de conscience et la liberté de religion, les persécutions reprennent de plus belle contre ces dits unitariens, qui n’ont ni symboles ni idoles à adorer; qui ne croient ni aux miracles ni au péché originel; qui prennent Jésus pour un homme; qui ne pratiquent pas le sacrement de la communion fondée sur le sacrifice du corps du Christ. Beaucoup de ces unitariens ont dû s’exiler vers l’Ouest. La persécution les a suivis jusqu’en Angleterre où le scientifique, Joseph Priestley (il a découvert l’oxygène entre autres) (6), s’est fait saccager sa maison avec son laboratoire à cause de ses idées de libre penseur. Il a abouti en Amérique du Nord en 1794, où enfin il retrouve la liberté. Il fonda la première église unitarienne à Philadelphie. Depuis l’unitarianisme a pris son envol dans le Nouveau Monde. Aujourd’hui, à part la Transylvanie, c’est aux États-Unis qu’on trouve le plus grand nombre d’unitariens.

 

Cette brève histoire du mouvement unitarien nous démontre que ces « radicaux » voulaient débarrasser la religion de tout ce qui était idolâtrie et magie. C’est qu’au début du mouvement, les unitariens croyaient en un Dieu unique. Mais il faut mettre ce concept de Dieu dans son contexte du temps. La science n’était pas encore très avancée pour expliquer nombre de phénomènes naturels. On invoquait la loi naturelle. Au XVIe siècle on ne connaissait rien de la théorie de l’évolution par la voie de la sélection naturelle avant Darwin (1859); on ne savait rien des microbes avant Pasteur (1880); on croyait encore à la génération spontanée. Donc, il n’est pas surprenant de voir que pour ces unitariens de l’époque Dieu veillait sur sa création. Et pour eux ce Dieu ne punissait pas. La conception de l’enfer et du ciel ne tenait plus la route, ni celle du péché originel. Le dicton populaire, « aide toi-même et Dieu (qui veille sur sa création) t’aidera », avait du sens dans ce contexte historique.

 

En 1933, en collaboration avec plusieurs pasteurs unitariens, universitaires, et libres penseurs, un nouveau point de vue émergea, culminant dans le Humanist Manifesto 1 (7). On voit ici clairement que la religion unitarienne se recentre sur le processus de l’hominisation en tant que tel. Les sept principes unitariens universalistes (8) actuels sont en quelque sorte un résumé du développement de la spiritualité unitarienne depuis ses origines. Bref, l’unitarianisme, c’est une religion en mouvement qui a su s’adapter à l’évolution de la science.

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En fin de compte, c’est quoi la religion? Le mot religion vient du latin religare, voulant dire se relier. L’humain, en effet, sent le besoin de se réunir pour toutes sortes d’occasions; pour des expéditions de chasse, pour des rituels de fécondité, de remerciement pour l’abondance de la chasse et des récoltes; lors des fêtes de la naissance, d’initiation des jeunes adultes, des mariages, des commémorations du décès des personnes, la liste est longue. Aujourd’hui au Québec, il y a des rencontres familiales pour toutes sortes d’occasions : les sucres, les fêtes d’anniversaire, Noël, les mariages, les funérailles, et j’en passe. À un niveau plus large il y a des rassemblements, par exemple, lors des parades, des festivals, des manifestations de tous genres, des matches de hockey, des concerts en plein air, ainsi de suite. Preuve du besoin, encore aujourd’hui, de nous rassembler, de nous relier, d’appartenir à un groupe.

 

Bronislaw Malinowski a étudié sur le terrain les phénomènes religieux par observation participante chez les peuples ayant eu peu de contacts avec les religions organisées. Dans son livre Magic, Science, and Religion (9), il clarifie ce que sont la magie, la science, et la religion.

 

Dans ces cultures là, l’observation des phénomènes naturels était très importante afin que le chasseur, le pêcheur et l’agriculteur puissent comprendre les comportements des animaux, des saisons, des vents, du sol, des étoiles, etc. C’était une condition essentielle pour savoir fabriquer des outils utiles à leur survie. En effet, par expérimentation, par essais-erreurs, ils ont inventé une technologie de plus en plus sophistiquée dans plusieurs domaines. Ils ont transmis ces traditions « scientifiques » de génération en génération par la tradition orale. Chez ces peuples sans écriture, la raison existait tout autant que chez l’homme moderne. Selon Malinowski, ils étaient dotés de la pensée rationnelle; ils manifestaient un esprit scientifique dans la praxis de la survie.

 

Comprendre l’univers a toujours été une quête de l’Homme, même dit primitif. Quand il ne comprend plus par la raison où s’applique son savoir pratique basé sur la science, c’est là où interviennent la magie et l’invention des récits mythologiques. Malinowski voit la magie comme une sorte de pré-science, répondant aux besoins psychologiques et émotionnels des gens qui se sentaient angoissés devant l’inexplicable, devant le hasard, le danger ou la maladie, devant la saison des amours, devant la mort (10). 

 

Certains sages parmi ces peuples primitifs devenaient magiciens. Ceux-ci déduisaient leur savoir magique à partir de leurs expériences de vie, de leurs émotions profondes, du monde des rêves. Leur pensée magique découlait de leur conception mythique de la nature et du surnaturel. Ils apaisaient la douleur des blessures par des herbes, guérissaient plus ou moins les maladies par des incantations, des danses, des prières. Ils recouraient à la magie pour interpeller le surnaturel, à intervenir lors des catastrophes, des maladies, et d’autres phénomènes inexplicables rationnellement. Ces magiciens forgeaient des récits mythologiques sur l’origine des ancêtres. De plus, ils invoquaient le soutien des dieux et les remerciaient de leur bienveillance en performant des rituels pour les nourrir et les apaiser, et en exigeant l’observation de tabous.

 

Les rites de passage, surtout celui de la mort, ont une fonction de protection psychologique pour répondre à la peur instinctuelle de l’humain. Le sociologue Milton Yinger définit la religion comme un «  système de croyances et de pratiques par lesquelles un groupe de personnes lutte avec les problèmes ultimes de la vie humaine » (11). Ces systèmes de croyances, tel le totémisme, la vie après la mort, le salut, rejoignent l’instinct de la préservation de soi. Au fond, selon Yinger, chaque individu est religieux; il cherche à apaiser sa peur par des croyances et des pratiques soutenues par le groupe auquel il se relie. La chaleur, la compréhension, la compassion du groupe le soutiennent. Vivre seul l’incertitude, l’anéantissement, est trop pénible.

 

Les magiciens, les chefs religieux, en s’auréolant d’une mission « divine », se sont très tôt accaparés du pouvoir dans l’histoire de l’humanité. Ils ont inventé des rites sacrés très élaborés pour communiquer avec les dieux, ainsi que des mythes pour expliquer les origines de la création et les phénomènes naturels.

 

Au fil du temps, le charisme du magicien lui donne une valeur sacrée. Il s’approprie ainsi d’un pouvoir surnaturel et mystique qui lui permet d’inculquer aux membres du groupe l’adhésion à un ensemble d’opinions partagées et de doctrines transmises de génération en génération. Un ralliement se fait autour du magicien, du shaman, ou du prêtre et de leurs enseignements. En promettant l’immortalité par les croyances dans le surnaturel à travers des rites, les religions théistes répondent aux besoins angoissants d’une majorité de gens sur notre planète. De plus, les religions établissent des codes moraux pour le mieux vivre ensemble; chaque religion aide à construire des identités qui distinguent les groupes les uns par rapport aux autres. Donc, aujourd’hui la conception de la plupart des religions, c’est cette relation entre l’humain et le surnaturel par l’intermédiaire de l’officiant religieux.                                        

 

Dans son livre An Atheist Defends Religion : Why Humanity is Better Off with Religion than Without It(12), Bruce Sheiman démontre qu’à travers les âges les religions ont servi à consolider les communautés sur la base de valeurs morales, comme l’altruisme, en approfondissant ce qu’on appelle l’âme. Plusieurs études scientifiques démontrent qu’en pratiquant une religion, la santé mentale, le bonheur et la longévité de la vie des gens s’améliorent. De plus, Sheiman soutient que la religion est une force de progrès dans l’histoire. Par exemple, le christianisme a innové en rendant l’individuel égal avec l’universel, ainsi conduisant l’humanité vers l’idée des libertés et des droits humains. Étant des individus libres et étant tous créatures d’un Dieu, le Christianisme nous a fait comprendre que la liberté et la dignité sont le droit de chaque personne.

 

Des grands penseurs scientifiques étaient chrétiens : Copernicus, Kepler, Newton, Darwin, Mendel, Pauling pour n’en nommer que quelques-uns. Sheiman cite Tertullien (circa160-220), théologien de la chrétienté bourgeonnante, qui enseigne que «La raison est en effet la chose de Dieu : il n'est rien que Dieu, créateur de toutes choses, n'ait réglé d'avance, n'ait disposé, n'ait ordonné rationnellement, rien qui ne doive, selon sa volonté, être traité et compris rationnellement» (13). Ces scientifiques ne cherchaient au fond qu’à découvrir la loi naturelle fondée sur la Raison; la raison de l’homme étant un don de Dieu.

 

Sheiman critique aussi l’attribution de toutes les atrocités à la religion. Sans les nier, il nous demande de prendre en compte la grandeur des populations (cent millions il y a 2,500 ans versus les sept milliards d’aujourd’hui), les outils de guerre de plus en plus sophistiqués et destructifs, et le rôle des médias instantanés lesquels nous mettent en présence de l’immoralité de ces comportements guerriers dans tous les coins de la planète. Tout cela amplifie la donne. Son argument est qu’aujourd’hui les gens sont en général beaucoup moins malfaisants qu’autrefois. Comment expliquer autrement l’abolition de l’esclavage et de la ségrégation, l’égalité des sexes, les Chartes des droits et des libertés? Aujourd’hui, nous avons les Objectifs du Millénaire pour le développement de l’ONU. (14) Son but est d’éliminer la pauvreté dans le monde. Par la diplomatie on travaille à éviter les conflits; on cherche à obtenir la paix mondiale. Les idéologies des hommes comme Hitler et Stalin ne durent pas, tandis que les enseignements des hommes comme Gandhi et King perdurent. Ainsi, selon Sheiman qui se déclare athée fidèle, il y a une tendance vers une éthique universelle à travers les âges, propulsée par la pensée religieuse.

 

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Même si on éliminait la croyance au surnaturel et les dogmes prescrits, il y aurait toujours ce besoin originel chez l’humain de se relier à son groupe pour le soutenir dans les moments difficiles et pénibles, ainsi que pour célébrer, fêter les moments de grandes joies. Beaucoup n’appellent pas cela une religion. Mais quel autre nom donner à ce phénomène sociologique où les gens se rencontrent pour partager leurs expériences, leurs émotions, leurs quêtes autour de questions existentielles dans une atmosphère de sécurité, de compréhension, et de compassion? Et de plus, comment appeler le lieu de ces rencontres? Les églises, les temples, les synagogues, les mosquées permettent aux personnes de se rencontrer sur un terrain commun. Notre vocabulaire n’évolue pas au rythme de notre quête existentielle.

 

Notre insécurité et notre dépendance nous font éprouver des sentiments d’empathie, de compassion, d’amitié, d’amour, de charité, de fidélité; mais aussi parfois des sentiments contraires, face à ce qui nous fait peur. À travers l’histoire, l’homme justifiait ces sentiments en formulant des codes moraux. De plus en plus, dans les sociétés démocratiques et laïques sur notre planète, on élabore des lois civiles et criminelles, des chartes pour assurer la sécurité.

 

La recherche du sens à la vie est une question existentielle ayant un fondement social et culturel. Cela appartient au monde de la religion. Tandis que la recherche pour mieux comprendre l’univers et la factualité des choses appartient au monde de la science. Comme le soutient Comte-Sponville (15), ne confondons pas ces ordres comme on le fait trop souvent.

 

Aujourd’hui, la magie n’est plus nécessaire. Par la méthode scientifique, on découvre de plus en plus d’explications aux phénomènes naturels, on trouve des solutions pratiques pour améliorer notre vie quotidienne. Nous n’avons plus besoin de magiciens pour nous guérir, pour expliquer les phénomènes naturels. Laissons cela aux scientifiques.

 

Mais ni la science ni nos codes de loi ne répondent aux émotions qui nous poussent à la quête existentielle. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » (16) écrit Pascal. La nature nous pousse à contempler les profondeurs de l’univers. Les arts nous élèvent à des hauteurs exaltantes de beauté et d’esthétique. Les valeurs telles que l’empathie, la compassion, l’amour, l’amitié, le partage, la charité, la fidélité, entre autres, nous mènent au bonheur. Tout cela sont des expressions de la spiritualité. Celle-ci nous inspire à poursuivre notre quête du sens à la vie. Et pour ce faire, nous avons un besoin de nous relier à l’univers, à notre milieu, à notre grande communauté humaine.

 

Religare, pour s’émerveiller devant la puissance, la beauté et la fragilité de la nature et de l’univers.Religare, pour se retrouver dans la sécurité de son groupe, pour s’accueillir, pour s’exprimer, pour se réconforter, pour s’échanger, pour se questionner, pour s’inspirer, pour s’entraider, pour grandir.Religare, pour construire un monde meilleur en partageant les connaissances scientifiques, technologiques et économiques, en souscrivant aux démarches politiques et juridiques justes et équitables, en pratiquant les valeurs morales, en affirmant les codes d’éthique universels et en appréciant les expressions esthétiques (17). Voilà la religion sans magie!

 

 

NOTES

 

1.         Darwin, Charles.  Az ember szàrmazàsa és a nemi kivàlasztàsa, Athenaeum Irodalmi és Nyomdai R.-T. Budapest. 1923. The Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle of Life. John Murray. London. 1859.

 

2.         http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Servet

 

3.         http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9bastien_Castellion

 

4.         Gaboury, Placide. Un Torrent de silence. Éd. De Mortagne, Les Presses Métropolitaines Inc. p. 207 etDrennan, Raymond, éditeur. Vers un rêve à bâtir. CUC. Montréal. 2002. p. 28.

 

5.         http://fr.wikipedia.org/wiki/Ferenc_D%C3%A1vid. Le prince transylvanien, Jean II Sigismund Zápolya de la Hongrie qui donne, en 1564 l’Édit de Torda considéré comme le premier décret de liberté religieuse en Europe, encourageant l’établissement de l’unitarianisme en Transylvanie.

 

6.         http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Priestley

 

7.         http://en.wikipedia.org/wiki/Humanist_Manifesto_I

 

8.         http://www.uuqc.ca/sept_principes.html

 

9.         Malinowsky, Bronislaw.  Science, Religion, and Magic. Doubleday Anchor Books, Garden City, NY. 1954.

 

10.       Malinowsky, Bronislaw. Sex Culture and Myth.  Hart Davies. London. 1963. p. 261.

 

11.       Yinger, Milton. Religion, Society and the Individual. Macmillan. New York. 1957

 

12.       Sheiman, Bruce. An Atheist Defends Religion : Why Humanity Is Better Off with Religion than Without It. Alpha  Books/Penguin Group. USA. 2009.

 

13.       Idem. Sheiman cite Tertullien La Traité de la penitence.Éd. P.De Labriolle. A. Picard et fils. Paris. 1906. p. 104.

 

14.              Idem. p. 108.

 

15.              Comte-Sponville, André. Le Capitalisme est-il moral? Albin Michel. Paris. 2004.

 

16.              Pascal, Blaise. Pensées. Éd. Seuil. Paris. 1978.

 

17.              Comte-Sponville, André. Idem. p. 140.


 

Tribune libre unitarienne, Vol.6, No.2, décembre 2010, numéro consacré à la science et la religion.