Vivre sous le
fascisme un sermon du
Pasteur Davidson Loehr
Davidson
Loehr a des regards sur la vie qui sont tous aussi
éclectiques que sa feuille de route. Il a été musicien professionnel, journaliste et photographe
au Vietnam,
propriétaire de studio et charpentier. Il est devenu pasteur unitarien
en 1986
et en 1988 il a obtenu un doctorat de l’université de Chicago, cumulant
la
théologie, la philosophie de la religion et la philosophie de la
science. Il
vit présentement à Austin au Texas où il a décroché le prix du Meilleur
Pasteur/Chef spirituel en 2005 décerné par le journal Austin Chronicle.
Il a prononcé ce sermon sur le fascisme, le 7
novembre 2004, au First
Unitarian Universalist Church d’Austin. Texte traduit de l’anglais.
On
pourrait
se demander pourquoi quiconque aujourd’hui voudrait utiliser le mot
«fascisme»
lors d’une conversation sérieuse à propos de la situation en Amérique.
Ça
ressemble à une injure mesquine ou à une allusion mélodramatique
répétée dans
un tas de vieux films de guerre. Mais je suis sérieux. Ce n’est pas du
tout mon
intention d’être injurieux. J’ai plutôt l’intention de vous convaincre
que le
genre de gouvernance vers lequel l’Amérique a glissé se décrit très
précisément
par le mot fascisme et que l’on doit reconnaître les répercussions
terrifiantes
de ce fait. Voilà où j’en suis aujourd’hui. Et même si je ne réussis
pas à vous
convaincre, je souhaite quand même élever le niveau de votre réflexion
où nous en
sommes à présent, introduire quelques nuances et peut-être quelques
perceptions
utiles.
Le
mot « fascisme »
vient du latin «fasces», désignant un faisceau de bâtons attachés. Au
début de
la République romaine, il symbolisait le pouvoir de contraindre et de
punir. Les
bâtons individuels représentaient les citoyens, et le faisceau
représentait
l’État. Le message de cette métaphore indiquait que le faisceau est
plus
important que les bâtons individuels. Si cela vous paraît peu
américain, il
faut savoir que le faisceau romain figure sur le mur derrière le podium
du
président de la Chambre des représentants.
Pourtant,
c’est un mot ambigu. Quand la plupart des gens entendent le mot
«fascisme», ils
peuvent penser au racisme et à l’antisémitisme de Mussolini et de
Hitler. Il
est vrai que le recours à la force et aux boucs émissaires caractérise
tous les
fascismes. Mais il y avait aussi une dimension économique au fascisme,
connu
dans l’Europe des années 1920 et 30 sous le nom de «corporatisme»,
lequel était
une composante essentielle aux tyrannies de Mussolini et de Hitler. Le
soi-disant
«corporatisme» a été adopté en Italie et en Allemagne pendant les
années 1930
et a été retenu comme modèle par de nombreux intellectuels et décideurs
aux
États-Unis et en Europe.
Comme
je
vous l’ai mentionné il y a quelques semaines (dans «Les
corporations vont
bouffer votre âme»), la revue Fortune
a publié un article-vedette sur Mussolini en 1934, dans
lequel on a fait
l’éloge de son fascisme à cause de ses aptitudes à briser les
syndicats, à
démobiliser les ouvriers et à transférer des sommes énormes de ceux qui
créaient la richesse à ceux qui la contrôlaient.
Trop
peu d’Américains
savent ou peuvent se rappeler combien d’Américains et d’Européens, lors
des
années 1930, voyaient dans le fascisme économique la vague du futur.
Pourtant,
l’étude de notre passé pourrait aider à clarifier notre présent et nous
aiguillonner vers un meilleur avenir. Je veux donc commencer en
remémorant la
dernière fois que le fascisme a posé une sérieuse menace à l’Amérique.
Dans
le
roman de Sinclair Lewis, cela
ne peut arriver ici
(1935), un
politicien sudiste
conservateur accède à la présidence grâce à l’appui d’une
émission-débat
retransmise nationalement. Ce politicien – Buzz Windrip – mène une
campagne
basée sur les valeurs familiales, le drapeau, et le patriotisme.
Windrip et
l’animateur de l’émission dépeignent les défenseurs de la démocratie
traditionnelle américaine – ceux préoccupés par les droits et libertés
individuelles – comme étant anti-américains. Il y a 69 ans de ça.
L’économiste
Lawrence Dennis a été l’un des porte-parole les plus directs du
fascisme
américain des années 1930. Dans son livre de 1936, L’arrivée du fascisme américain
– une arrivée qu’il souhaitait et applaudissait – Dennis a déclaré que
les
défenseurs de «l’américanisme du 18e siècle» allaient certainement
devenir la
risée de leurs compatriotes. Dennis
déplorait que les «normes de droits libérales et les garanties
constitutionnelles des droits privés» soient la pierre d’achoppement au
développement du fascisme économique.
Il
est donc
important que nous reconnaissions que le fascisme, en tant que système
économique, était largement accepté dans les années 1920 et 1930, et
presque
vénéré par quelques industriels américains puissants. Et le fascisme a
toujours
été explicitement opposé à toutes formes de libéralisme.
Selon
la
vision de Mussolini, l’un des créateurs du fascisme moderne, l’ennemi
c’était
les idées libérales. Il a écrit : «La conception fasciste de
la vie
insiste sur l’importance de l’État et accepte l’individu en autant que
ses
intérêts coïncident avec ceux de l’État. Elle s’oppose au libéralisme
classique
(lequel) a renié l’État au nom de l’individu; le fascisme réaffirme les
droits
de l’État comme étant l’expression de la véritable essence de l’homme».
(Avec
l’aide de Giovanni Gentile, Mussolini a écrit en 1932 un article pour
l’Encyclopédie italienne dans lequel il donne la définition du
fascisme. Vous
pouvez lire l’article intégral à http://www.fordham.edu/halsall/mod/mussolini-fascism.html)
Mussolini
croyait que la protection étatique des droits individuels était contre
nature.
Il croyait que l’essence du fascisme faisait du gouvernement le maître
et non
le serviteur du peuple.
Encore
est-il que le mot fascisme soit, pour la plupart d’entre nous,
complètement
étranger. Nous devons savoir ce que c’est et comment le reconnaître,
quand nous
le voyons.
Dans
un
essai qu’il a coquettement intitulé «On vous sert le fascisme?»,
Lawrence Britt
(1), identifie ce qu’il y a de commun dans les programmes sociaux et
politiques
des régimes fascistes. En comparant Hitler, Mussolini, Franco, Suharto
et Pinochet,
il a produit cette liste de 14 «caractéristiques reconnaissables du
fascisme». (L’article
qui suit est tiré de la revue Free
Inquiry, volume 23, numéro 2.
On peut le consulter à http://www.secularhumanism.org/library/fi/britt_23_2.htm.
Voyez ce que ça peut évoquer).
1.
Un
nationalisme puissant et tenace
Les
régimes
fascistes ont tendance à constamment exploiter des devises
patriotiques, des
slogans, des symboles, des chansons et autres attirails. Les drapeaux
sont
omniprésents, comme le sont des dérivés de drapeaux sur le linge et sur
l’affichage public.
2.
Dédain
pour la reconnaissance des droits humains
À
cause de
la peur de l’ennemi et le besoin de sécurité, le peuple dans les
régimes
fascistes est convaincu qu’il y a un «besoin», dans certains cas,
d’ignorer les
droits humains. Le peuple a tendance à détourner le regard ou même
d’approuver
la torture, les exécutions sommaires, les assassinats, l’incarcération
prolongée des prisonniers, etc.
3.
L’utilisation d’ennemies/boucs émissaires comme cause commune
Le
peuple
est rallié en une frénésie patriotique autour de la perception d’une
menace
commune ou d’un ennemi : des minorités raciales, ethniques ou
religieuses; les
libéraux; les
communistes; les socialistes; les terroristes; etc.
4.
La
suprématie de l’armée
Même
quand
les problèmes intérieurs sont nombreux, l’armée se voit accorder un
montant
disproportionné des fonds gouvernementaux et les programmes intérieurs
sont
négligés. Les soldats et le service militaires sont idéalisés.
5.
Un
sexisme répressif
Les
gouvernements des nations fascistes ont tendance à être presque
exclusivement
dominés par les hommes. Sous les régimes fascistes, les rôles sexués
traditionnels sont plus rigides. L'opposition à l’avortement est élevée
ainsi
que l’homophobie, la
législation et la
politique nationale anti-gaie.
6.
Des
médias de masse sous contrôle
Parfois,
les médias sont directement contrôlés par le gouvernement, mais dans
d’autres
cas, les médias sont contrôlés indirectement par une réglementation
gouvernementale ou par des porte-parole et des dirigeants sympathiques
(aux
vues du gouvernement). La
censure,
surtout en temps de guerre, est très commune.
7.
Une
obsession avec la sécurité nationale
Le
gouvernement exploite la peur comme instrument pour motiver les masses.
8.
L’amalgame de la religion et du gouvernement
Les
gouvernements des nations fascistes ont tendance à se servir de la
religion la
plus répandue de la nation comme outil de manipulation de l’opinion
publique.
Les dirigeants du gouvernement font un usage courant de la rhétorique
et de la
terminologie religieuses, même quand les principaux credo de la
religion sont
diamétralement opposés aux politiques et aux actions du gouvernement.
9.
La
protection du pouvoir des entreprises
C’est
souvent l’aristocratie de l’industrie et des affaires d’une nation
fasciste qui
a mis les dirigeants du gouvernement en place, créant ainsi une
relation
avantageuse entre les affaires et le gouvernement, et pour l’élite du
pouvoir.
10.
La
suppression du pouvoir des travailleurs
Parce
que
la seule véritable menace pour un gouvernement fasciste est le pouvoir
des
organisations de travailleurs, les syndicats sont soit entièrement
supprimés
soit sévèrement réprimés.
11.
Le
mépris pour les intellectuels et les arts
Les
nations
fascistes ont tendance à promouvoir et à tolérer une hostilité ouverte
à
l’endroit de l’éducation supérieure et le milieu universitaire. Il
n’est pas
rare de voir des professeurs et autres universitaires censurés ou même
arrêtés.
La libre expression dans les arts est ouvertement attaquée et les
gouvernements
refusent souvent de financer les arts.
12.
Une
obsession avec le crime et le châtiment
Dans
les
régimes fascistes, la police obtient des pouvoirs presque illimités
pour faire
respecter la loi. Les gens acceptent souvent de fermer les yeux sur les
abus de
la police et même de renoncer à des libertés civiles au nom du
patriotisme. Le
pouvoir de la police nationale est souvent pratiquement illimité dans
les
nations fascistes.
13
Le règne
du favoritisme et de la corruption
Les
régimes
fascistes sont presque toujours gouvernés par des groupes d’amis et
d’associés
qui se nomment à des postes au gouvernement et utilisent l’autorité et
le
pouvoir du gouvernement pour protéger leurs amis de l’obligation de
rendre des
comptes. Dans les régimes fascistes, il n’est pas rare que les
dirigeants au
pouvoir s’approprient ou volent carrément des ressources ou même des
trésors
nationaux.
14.
Des
élections frauduleuses
Quelquefois,
les élections dans les nations fascistes sont complètement factices.
D’autres
fois, les élections sont manipulées grâce à des campagnes de
diffamation contre
les candidats de l’opposition, voire leur assassinat, l’utilisation de
la
législation pour contrôler le nombre des votants ou les limites des
circonscriptions et la manipulation des médias. Les nations fascistes
utilisent
aussi systématiquement leur système judiciaire pour manipuler ou
contrôler les
élections.
Les
étudiants en science politique reconnaîtront cette liste. Mais les
étudiants en
religion devraient aussi la reconnaître, puisqu’elle reflète le
programme
social et politique des fondamentalismes de par le monde. Elle nous est
à la
fois précise et utile pour comprendre que le fondamentalisme est du
fascisme
religieux et que le fascisme est du fondamentalisme politique. Les deux
tirent
leurs origines de nos composantes les plus primitives qui ont toujours
été la
définition par défaut (2) de notre espèce : bienveillance
envers notre
groupe d’appartenance, inimitié envers l’exogroupe, déférence
hiérarchique envers
le type de mâle Alpha, un lien puissant avec son territoire, et ainsi
de suite.
Toutes les civilisations ont tenté de nous hisser au-dessus de cette
définition
par défaut, mais la civilisation est toujours quelque chose de fragile
qui doit
constamment se renouveler.
Mais
encore, ceci n’est pas la première rencontre entre l’Amérique et le
fascisme.
Le
vice-président Henry Wallace raconta que le New
York Times, au début de 1944, lui avait demandé de rédiger
«un texte qui
répondrait aux questions suivantes : Qu’est-ce que le
fascisme? Combien de
fascistes avons-nous? En quoi sont-ils dangereux?
Les
réponses du vice-président Wallace à ces questions ont été publiées
dans le New
York Times du 9 avril, 1944, à l’apogée de la guerre contre l’Axe
Allemagne-Japon. Voyez et constatez jusqu’où ses propos peuvent
s’appliquer à
notre société contemporaine.
Wallace
écrivit, «Le fasciste vraiment dangereux est celui qui veut faire aux
États-Unis de façon américaine ce que Hitler a fait en Allemagne de
façon
prussienne. Le fasciste américain préférerait éviter la violence. Il
procède en
empoisonnant les chaînes d’information au public. Le défi pour le
fasciste
n’est jamais de savoir comment présenter la vérité au public, mais
plutôt
comment exploiter le bulletin de nouvelles pour tromper le public et
l’amener à
accorder plus d’argent et de pouvoir au fasciste et à son groupe.»
Dans
sa
condamnation sévère de la vague de fascisme qu’il voyait se lever en
Amérique,
Wallace ajoutait :
«Ils
se
déclarent archi-patriotes, mais ils détruiraient chaque liberté
garantie par la
Constitution. Ils exigent la liberté d’entreprise, mais se font le
porte-parole
du monopole et du privilège. Toute leur supercherie est dirigée vers
leur
objectif ultime de saisir le pouvoir politique pour qu’ils puissent, en
utilisant simultanément le pouvoir étatique et le pouvoir du marché,
garder le
simple citoyen en état d’assujettissement permanent. »
Il
y a présentement
plusieurs armes pour garder le simple citoyen en assujettissement
perpétuel,
dont l’ALENA, l’Organisation mondiale du commerce, l’anti-syndicalisme, les coupures des bénéfices
des ouvriers jumelées
aux augmentations accordées aux PDG,
l’élimination des bénéfices, de la permanence et des
pensions des
salariées, des taux d’intérêt usuriers sur les cartes de crédit,
l’externalisation des emplois – sans mentionner le plus grand réseau
carcéral
au monde.
L’orage
parfait
Notre
récente
descente vers le fascisme s’est produite par le biais d’une espèce d’orage parfait, la confluence de trois
écoles
distincte de pensée qui se renforcent mutuellement.
1.
Le
premier courant de pensée fut celui du rêve impérialiste du Projet pour un nouveau siècle américain.
Je crois que personne ne peut comprendre ce qui s’est passé lors des
quatre
dernières années sans lire le Projet pour
un nouveau siècle américain («Reconstruire
la défense de l’Amérique») publié en septembre 2000 et rédigé
par plusieurs
joueurs clés dans
le gouvernement Bush
y compris Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Richard Perle et Donald Kagan,
pour ne
nommer que ceux-là. Ce rapport voyait dans la chute du communisme une
occasion
pour l’Amérique de devenir le maître militaire de la planète et de
fonder un
nouvel empire mondial. Ils ont précisé le niveau de croissance
militaire requis
et ont ensuite déploré que cette merveilleuse croissance prenne
beaucoup de
temps à moins qu’un événement catastrophique et catalyseur, tel un
nouveau
Pearl Harbour, vienne permettre aux leaders de transformer l’Amérique
en pays
militaire et militariste. Dans ce rapport il n’y avait aucune mention
claire
concernant la religion ni aucun intérêt exprimé dans les politiques
économiques
domestiques.
2.
Un
deuxième courant puissant doit être attribué à Pat Robertson et ses Chrétiens renconstructionistes, ou dominionistes. Même si plusieurs d’entre
nous l’avaient toujours traité de cinglé, le style chrétien dominioniste qu’il prêche depuis le
début des années 1980 figure maintenant parmi les voix religieuses les
plus
fortes au sein de l’administration Bush.
Katherine
Yurica, qui a transcrit plus de 1,300 pages de procès-verbaux des
interviews
diffusés lors de l’émission 700 Club
de Pat Robertson lors des années 1980, a démontré que Robertson et ses
invités
triés sur le volet ont constamment, ouvertement et passionnément
soutenu que
les États-Unis devaient devenir une théocratie sous le contrôle des dominionistes.
Robertson
a
déclaré formellement que la démocratie est une forme de gouvernement
épouvantable à moins qu’elle ne soit gérée par des chrétiens de son
acabit.
Aussi, peste-t-il constamment contre l’imposition des riches, contre le
système
d’éducation, les programmes sociaux et le bien-être social – et il
préfère le
verset 28 du Deutéronome à l’enseignement de Jésus. Il dit clairement
que les
femmes doivent rester au foyer, servantes soumises des hommes, et que
l’avortement et l’homosexualité doivent être interdits.
Il dit clairement aussi que les autres types
de chrétiens, y compris les épiscopaliens et les presbytériens, sont
les ennemis
du Christ. (voir le Rapport Yurica
ou
The Despoiling of America de
Katherine Yurica sur le web).
3.
La
troisième composante majeure de cet orage
parfait a été la ploutocratie souhaitée par des Américains
richissimes et
des PDG de grandes sociétés, laquelle favorisera les profits des biens
nantis
et l’appauvrissement de la grande majorité des gens, la destruction des
syndicats et le concours du gouvernement dans l’atteinte de ces
objectifs
cupides. C’est une situation que certains ont nommé le socialisme des
riches et
le capitalisme des pauvres et dans laquelle d’autres reconnaissent la
réincarnation du darwinisme social. Cette école de pensée a été
omniprésente
dans l’histoire américaine. Il y a soixante-dix ans, en 1934, on a
tenté de
financer un coup d’état pour déposer Franklin Delano Roosevelt et
installer le
général General Smedley Butler comme dictateur fasciste. Heureusement, ils sont
tombés sur un général
qui était un patriote convaincu; il a refusé et il a dénoncé le complot
dans
ses discours et ses écrits. Aujourd’hui, nous raconte le professeur de
droit
canadien Joel Bakan dans son livre et son film intitulés The
Corporation, on a réussi un coup d’état sans tirer un seul
coup
de feu.
Nos
ploutocrates n’ont aucun intérêt religieux en particulier. Leurs intérêts globaux
sont impérialistes et
sur la scène domestique ils veulent démanteler toutes les réformes du New Deal de Franklin Delano Roosevelt,
lesquelles avaient permis la montée de la classe moyenne américaine
après la
Deuxième Guerre mondiale.
Il
y a un
autre vent contraire dans cet Orage
parfait qui, malgré sa grossièreté, est néanmoins tout à fait
significatif
: il s’agit de l’aventure sordide du Président Clinton avec une jeune,
mais
consentante, stagiaire à la Maison blanche. L’incident et les mensonges
sordides
de Clinton par la suite ont rallié les conservateurs autour de leur
certitude
que les «libéraux» n’avaient ni repères moraux ni souci moral et qu’ils
représentaient donc une menace sérieuse à la fibre morale de
l’Amérique.
Quoiqu’il soit difficile d’en mesurer les conséquences de ceci, je
crois
qu’elles ont été profondes.
Ces
composantes de l’«orage» ne sont pas nécessairement liées et elles
proviennent
de différents groupes de penseurs qui, pour la plupart, ne s’aimeraient
pas. Mais
ensemble, ils forment un vaste réseau de direction et de contrôle,
lequel
dirige présentement l’Amérique et souhaite dominer le monde.
Ce
qui s’en vient
Lorsque
tous les fascismes évoquent le même ordre du jour social et politique
(les 14
points énumérés par Britt), il n’est pas difficile de prédire où un
nouveau
soulèvement fasciste va nous mener. Les gestes des fascistes ainsi que
les
effets sociaux et politiques du fascisme et du fondamentalisme sont
clairs et
saisissants. Voici ce qui se passera, ce qui risque de se dérouler dans
notre
pays dans les prochaines années :
*
Le vol de
la caisse de sécurité sociale, les fonds étant transférés à ceux qui
contrôlent
l’argent, et l’indigence croissante de ceux qui dépendent de la
sécurité
sociale et des programmes de bien-être.
*
Un nombre
croissant de gens sans assurance dans ce pays qui a déjà le plus haut
pourcentage parmi les pays développés de gens sans assurance médicale.
*
La
multiplication des coupures dans le financement du système scolaire
public
conjugué avec une augmentation des chèques d’éducation incitant les
Américains
à confier l’éducation de leurs enfants aux écoles chrétiennes.
*
Encore
des restrictions des droits civiques transformant l’Amérique en état
policier
ce qui est essentiel au fonctionnement du fascisme.
*
Le retrait
sensible de tout l’appui financier à la Radio
publique nationale et au Réseau de
télédiffusion publique. Quand ils sont à leur meilleur, ces
médias
encouragent le questionnement critique et sont ainsi perçus comme des
ennemis
de la propagande gouvernementale.
*
La remise
en vigueur de la conscription de laquelle les enfants des privilégiés
seront
encore une fois exemptés laissant les jeunes défavorisés se battre et
mourir
dans ces guerres de l’impérialisme et de la cupidité qui ne leur
rapportent
rien de toute façon. (Voilà mon sermon éclair pour la Journée des
anciens
combattants de cette année).
*
Encore
des invasions impérialistes, de l’Iran entre autres, et la construction
d’une
énorme ambassade permanente en Iraq.
*
Des
restrictions accrues sur la liberté de parole, sous prétexte de
sécurité
nationale.
*
Un
contrôle de l’Internet pour éliminer ou handicaper son rôle d’outil de
communication libre, non assujetti au contrôle gouvernemental. On dira
qu’il
s’agit d’une mesure anti-terroriste nécessaire.
*
Des
tentatives d’éliminer l’exonération d’impôt des églises comme la nôtre
en les
accusant d’être anti-américaines.
*
Un
contrôle plus serré de la partialité éditoriale de presque tous les
médias et
la diabolisation des médias qu’ils ne peuvent pas contrôler – Le New
York
Times par exemple.
*
Le
maintien de l’externalisation des emplois, y compris de plus en plus de
postes
de cols-blancs, afin de réaliser des profits accrus pour ceux qui
contrôlent
l’argent et dirigent la société en condamnant simultanément les
ouvriers
américains au désespoir et à l’impuissance.
*
Des
démarches dans l’industrie bancaire visant à rendre impossible, à un
nombre
croissant d’Américains, la possibilité de devenir propriétaires de leur
propre
maison. Comme lors des années 1930, ceux qui contrôlent l’argent savent
qu’il
est plus avantageux et plus profitable d’avoir des locataires plutôt
que des
propriétaires.
*
La criminalisation
des protestataires traités comme anti-américains et une augmentation
des
arrestations, des détentions et du harcèlement.
Nous avons déjà le plus haut pourcentage au monde de nos
concitoyens en prison. Ce pourcentage augmentera.
*
Dans un
futur rapproché, il sera illégal ou du moins dangereux de dire les
choses que
je vous ai dites ici ce matin.
Dans
un
récit fasciste, ces choses sont anti-américaines. Dans l’histoire
véritable de
l’Amérique démocratique, elles étaient perçues comme étant profondément
patriotiques, le genre de questions pointues qui assuraient la survie
de
l’esprit américain – le genre de questions qu’incidemment nos médias
seraient
censés poser.
Ces
intrigues peuvent-elles réussir? Je ne le crois pas. Je crois qu’elles
sont
funestes, rapaces et démentielles. Mais je ne sais pas. Peut-être
qu’elles le
peuvent. Des procédés semblables ont réussi dans des pays comme le
Chili, où
une démocratie dans laquelle la participation au scrutin est passée de
90 %
à 20 % parce que disent-ils, comme tant d’Américains ont
commencé à dire, peu
d’importance pour qui on vote.
L’espoir
Entre-temps,
y a-t-il de l’espoir ou devons-nous nous rassembler comme des lemmings
et
sauter d’un précipice? Oui, il y a toujours de l’espoir même s’il est
parfois difficile
à entrevoir comme à présent.
Certains
commentateurs commencent aussi à dire ce que je prêche et ce que
j’écris depuis
bientôt vingt ans : les libéraux américains doivent aller
au-delà du
libéralisme politique, avec sa vision étriquée des droits individuels
qui
néglige les responsabilités de l’individu à l’endroit de la société.
Les
libéraux auront à développer une vision plus globale avec des assises
morales
et religieuses. Il ne s’agit pas d’églises chrétiennes.
Il s’agit de l’héritier légitime du
christianisme. Cet héritier légitime n’a pas besoin de religion, mais
doit
avoir un pouvoir moral clair et doit pouvoir convenir aux pensées et
aux cœurs
d’une majorité d’électeurs américains.
Et
cette
nouvelle vision libérale doit être plus vaste que la vision religieuse
conservatrice qui va nommer les juges, écrire les lois et faire dériver
les
normes culturelles vers la haine et l’exclusion dans un avenir
prévisible. Les
conservateurs méritent notre admiration. Ils ont employé les trente
dernières
années à étudier la politique américaine, à forger leur vision et à
maîtriser
les façons de contrôler le système. C’est réussi. Ils ont gagné. Les
libéraux pourront
toujours développer leur vision, ils auront quand même un travail
accaparant à
accomplir. Cela ne se fera pas rapidement. Ce n’est même pas évident
que les
libéraux veuillent le faire; ils pourraient préférer couler avec ce
navire qui
leur est familier.
Michael
C.
Ruppert, dont les articles semblent trahir une grande tension, est un
homme
infatigable dans ses recherches et ses critiques du glissement de
l’Amérique
vers le fascisme. Il nous propose quand même quatre possibilités que
nous
pouvons appliquer dès maintenant et elles semblent à ce point fondées
dans la
réalité que je les partagerais volontiers avec vous. Comme on est en
Amérique,
elles sont toutes axées sur l’argent.
*
Premièrement, il faut régler ses dettes.
*
Deuxièmement, il faut dépenser son argent sur des choses qui nous
donnent de
l’énergie et qui nous procurent de l’information.
*
Troisièmement, il ne faut pas dépenser un seul sou dans les banques,
les médias
et les corporations qui nous servent des mensonges et qui rendent
choquent et
épuisent.
*
Et
quatrièmement, apprenez comment l’argent fonctionne et utilisez-la
comme une
arme (politique) – comme, croit-il, le reste du monde fera contre nous.
(de
http://www.fromthewilderness.com/free/ww3/110504_snap_out.shtml)
voilà
les
conseils qu’il nous offre cette semaine. Un autre conseil, vieux de
soixante
ans, nous vient de Henry Wallace, le vice-président de Roosevelt.
Wallace nous
a dit : «Pour que la démocratie puisse écraser le fascisme,
elle doit…
développer la capacité de maintenir le plein emploi tout en maintenant
un
budget équilibré. Elle doit placer les gens avant l’argent. Elle doit
faire
appel à la raison et à la décence et non à la violence et à la
duplicité. Nous
ne devons accepter ni un gouvernement oppressif ni une oligarchie
industrielle
sous forme de monopoles et de cartels. »
On
peut
comprendre aussi que le fascisme est une forme de colonialisme. Une
définition
simple du «colonialisme» : la capacité de dérober aux gens
leur histoire
et de les confiner à des rôles de soutien dans un scénario où on les
dépossède
au profit des autres. Quand vos taxes soutiennent un gouvernement qui
vous
exploite pour servir les fins des autres vous êtes, ironiquement, dans
un état
de taxation sans représentation.
Voilà où notre pays a commencé et voilà où nous en somme à présent.
Je
ne sais
pas quelle est la prochaine étape. Je ne suis pas un militant politique; je suis un simple pasteur.
Mais,
indépendamment de ce que vous faites, de ce que nous faisons, je
souhaite que
nous puissions nous rappeler des choses essentielles que je perçois
comme étant
éternellement vraies. Une de ces choses : la vaste majorité
des gens sont
des bonnes et décentes personnes qui pensent et agissent du mieux
qu’elles
peuvent. Très peu de gens sont méchants, quoiqu’il y en a. Mais nous
vivons
tous dans des familles ou certains de nos proches parents appuient des
choses
que nous détestons. Je crois que leurs intentions sont bonnes et nous
pouvons
recréer des liens si nous faisons preuve d’une plus grande
compréhension, d’une
plus grande compassion et que nous proposons un scénario réaliste plus
inclusif
et responsabilisant pour la majorité que nous sommes.
Ceux
d’entre nous qui préfèrent vivre selon un scénario fondé sur la réalité, au lieu de vivre comme des
serfs sous une
idéologie conçue pour accorder le pouvoir, le possible et l’espoir à
une petite
élite régnante, avons une longue et difficile tâche, individuelle et
collective. Ça ne sera ni rapide ni facile.
Mais
nous
réussirons. Nous irons de l’avant avec espoir et courage. Cherchons un
meilleur
chemin et trouvons le courage de nous y engager – un pas à la fois.
(1)Lorsqu’il a prononcé ce sermon, Davidson Loehr, comme plusieurs d’entre nous, croyait que Lawrence Britt (sur certains sites Laurence Britt) était un politicologue détenteur d’un doctorat. Il nous dit qu’il a appris depuis que M. Britt est un romancier.
V7N2 Tribune libre unitarienne vol.7 no. 2. 2011, numéro consacré à la droite religieuse.