Méditation lors de la célébration unitarienne du 23 avril 2006, par Christopher thomson 

Lors de mon petit discours l’automne passé, devant l’église unitarienne de Montréal comme nouveau membre, j’ai parlé un peu de ma personnalité anxieuse ; et j’ai conclu en disant que j’espérais que ma participation à la vie de cette église m’aidera à me sentir plus chez moi dans le monde.   

Je pense que ça vient naturellement lorsqu’on parle au sujet de se sentir chez soi dans le monde de parler des repères affectifs, des lieux familiers qui réconfortent et, plus importants encore, des personnes qui parlent le langage du cœur.  

Étant un être anxieux, préoccupé par le  sens qu’on peut donner à cette drôle d’expression, se sentir chez soi dans le monde, je suis allé chercher cette expression sur l’Internet.  Et j’ai trouvé des gens qui écrivaient sur l’angoisse face au monde suite à des expériences horribles comme la torture et le viol.  Mais aussi suite à des choses plus banales, presque ordinaires comme le manque de lien affectif entre père et enfant.  

Cette recherche m’a rassuré un peu sur le sens à donner à  mon désir de me sentir chez moi dans le monde : effectivement comme je le pensais cela serait l’expression d’une insécurité profonde.   

Moi qui suis chargé de cours, et qui sors de chaque cours en me demandant dans mon for intérieur : Est-ce qu’ils ont aimé ce que j’ai fait, aimé ce que je suis?  

Le romancier danois Jens Christian Grøndahl parle du monde qui se trouve dans ses livres, tel que les Bruits du cœur : Ce sont « … des portraits des générations d'après-guerre.  De ces générations qui ne trouvent plus de réponses définitives dans la société et dans la vie sociale et culturelle.  L'identité est devenue quelque chose à créer en fonction de soi-même, quelque chose qui relève de la responsabilité de l'individu.  Il y a là une grande liberté et aussi une grande solitude.  Quand la culture ne vous offre plus d'identités fixes, crédibles, je crois qu'on en revient à l'amour, à des émotions intimes, pour retrouver des lieux où se sentir chez soi dans le monde.  Mais tout est si instable qu'il n'y a en réalité plus de chez soi. »[1] 

Je sais que nous n’avons pas tous eu l’expérience de l’immigrant qui change de pays, bien qu’ici au Canada, nous avons nos deux solitudes …  De toute façon, au cours de nos diverses expériences, je crois que nous avons tous vécu des moments où nous avons senti  l’incompréhension, l’insécurité et le risque du rejet.   

Comment dire notre pays intérieur à un monde qui reste encore à apprivoiser, comme le petit renard de Saint-Exupéry?   

Pour moi, je suis allé à la recherche d’un pays où les sentiments ont un droit de cité ; et je l’ai trouvé, en quelque sorte, au Québec. Pendant mes études universitaires à Queen’s University, un de mes profs, Bill Irvine qui était originaire du Québec, m’a suggéré de lire La crise de la conscription d’André Laurendeau. 

Dans son avant-propos, Laurendeau écrit :  

« Je ne suis pas historien.  Je n’écris pas un gros bouquin d’histoire.  Mais j’ai vécu de près, et activement, la crise de la conscription.  J’entreprends d’en raconter ce que j’en ai connu.  Disons que ce sera l’histoire de nos sentiments. »  

C’est un bel exemple du langage du cœur.  Le psychosociologue et écrivain, Jacques Salomé, cite un des ses correspondants qui écrit : « … le langage du cœur est celui qui livre le plus intime de moi, le plus inachevé aussi et donc le plus risqué.[2] »  

À peine quelques années après la lecture de cette histoire vécue par M. Laurendeau qui m’a tant touchée, je suis allé à la place des Arts à la première d’une nouvelle pièce de Michel Tremblay, À toi pour toujours, ta Marie-Lou.  En sortant de la salle, un journaliste de Radio-Canada me demande mon opinion et en se rendant compte par mon accent que je n’étais pas d’ici, il me demande si une pièce écrite en joual pouvait prétendre à une vocation universelle.   

Je ne me souviens pas de mes mots exacts mais dans ma réponse, j’ai insisté que c’est la vérité du vécu des personnages de Tremblay qui leur donne une portée universelle, et non pas la fabrication des mots dans un langage soi-disant universel.  

Immigrant ici depuis 35 ans, j’ai trouvé une société qui est très ouverte sur le langage du cœur. Ce n’est pas un hasard si, pour la célébration de ce matin, nous avons choisi indépendamment deux chansons de Gilles Vigneault comme textes : un auteur qui parle de la terre d’ici, de nos histoires, du pays visible et du pays qui est dans nos cœurs.   

Il y a quelques années j’ai vécu une déception en amour et mon ex m’avait fait abattre un arbre dans mon jardin à moi.  Après la rupture, j’ai donc planté un nouvel arbre … un chêne. Et les mots me sont venus :

J'ai planté un chêne

Au bout de mon champ

Ce fut ma semaine

Perdrais-je ma peine  

C’est en prenant le risque, en osant dire nos vies, nos sentiments, comme ils sont, et non pas comme ils devraient être, que nous faisons notre part pour bâtir un monde dans lequel nous pouvons nous sentir chez soi.   

Je trouve que le mouvement unitarien nous offre un espace où chacun peut prendre le risque de se dire et prendre le risque d’écouter ce que les autres ont à dire : ce qui est loin d’être chose facile. 



 

1 La matricule des anges: Le mensuel de la littérature contemporaine www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=16752

[2] Jacques Salomé, Les langages du cœur, www.psychologies.com/chroniques.cfm/chronique/3006/Jacques-Salome/Les-langages-du-c%C5%93ur.html